mercredi 21 décembre 2011

mes amis papillons



Mes amis Papillons

Histoires mythiques  d’un écologue


…on devient jeune à soixante ans !
 dommage que ce soit un peu tard !
                                        Picasso



Je dédie ces petites histoires à mon père Roger.
Instituteur, il m’a donné le sentiment tout petit d’être le fils de Pagnol.
Tel Lorenz, il m’a imprégné de l’amour des papillons.
C’est un grand cinéaste,
et il sait tout des mœurs de Machaon.
C’est grâce à lui que j’ai appris le latin,
et j’espère qu’il trouvera ici les commentaires
lui permettant d’évoquer dans ses films
les Dieux de la Grèce antique.




Message à mes petits enfants :

J’ai eu la chance d’avoir un Maître : Robert Blanchard
et je possède toujours ses boites en noyer du Lot.
Prenez soin de cette collection, elle a quarante ans !
En voici l’histoire…



J'ai écrit toutes ces petites histoires il y a deux ans, pour Noël 2009. Je rêvais, comme tout auteur, de me faire publier. Hélas, le parcours traditionnel d'un auteur amateur est terriblement sélectif. Le mien a commencé par la rencontre avec une éditrice qui, inquiète d'avoir à s'aventurer dans une aventure écologique, a décidé de découper mon "immeuble par appartements", dans une sorte de "vente à la découpe" comme on dit dans le secteur immobilier. Deux opuscules ont finalement été édités en deux ans, et puis tout s'est arrêté.

Heureusement qu'il y a internet, et les blogs : ils permettent de s'auto-éditer et de jeter des bouteilles à la mer sur la toile mondiale. En un an, vous avez été sept mille visiteurs de mes messages illustrés. Vous m'avez beaucoup appris, y compris que Graellsia Isabellae fréquentait le Valais en Suisse, une délocalisation dont j'ignorais totalement l'existence, je dois bien l'avouer !

Aujourd'hui, je mets de l'ordre dans les chapitres, en reconstituant une préface ; un épilogue ; et une table des matières. Celle-ci permettra de visionner l'ensemble, et de se rendre informatiquement, comme on le ferait en feuilletant un livre, au chapitre intéressant.

Au demeurant, on pourra charger le tout sur son ipad, lire verticalement, et feuilleter virtuellement ces quelques pages (gratuites), sans s'encombrer de l'habituel papier (payant).

       Et vive les nouvelles technologies de l'information et de la communication !


Noël 2011




Les papillons nous fascinent par leurs métamorphoses : d'abord ils ont la forme d'oeuf. Après une première transformation mystérieuse, il en sort une chenille. Ces dernières grossissent, puis muent, abandonnant plusieurs fois leur ancienne peau, changeant souvent de forme, de couleurs, de longueur et de grosseur. C’est quand elles sont chenilles qu’elles dévorent des feuilles, des tas de feuilles : ce sont des végétariennes pur jus. Difficiles, elles n’acceptent souvent qu’une espèce de plantes : la carotte et le fenouil pour le Machaon. La pomme de terre (les feuilles de pommes de terre !) et les solanées pour le Sphinx Tête de Mort. Les orties pour la plupart des vanesses dont le Paon du jour. C’est d’ailleurs à ce stade que le papillon est fragile : supprimons la nourriture de la future chenille, il n’aura plus d’endroit où pondre ; la chenille ne pourra se développer, et il n’y aura plus d’adultes…. C’est un peu ce qui arrive aujourd’hui, mais comme le dirait Kipling, ceci est une autre histoire !

La chenille au dernier stade se transforme en… chrysalide. Souvent, elle tisse une enveloppe de protection pour que les prédateurs ne viennent pas l’ennuyer pendant  sa longue période d’incubation : c’est le cocon. Il y a des cocons merveilleusement tissés, comme des nasses, qui possèdent un opercule de sortie fabriqué pour que l’adulte puisse sortir de l’intérieur vers l’extérieur, mais qu’un intrus ne puisse entrer de l’extérieur vers l’intérieur ! C’est le cas du grand Paon de nuit par exemple.

Ce n’est qu’après tous ces préalables que de la chrysalide, un jour, on ne sait pas trop par quel mécanisme, (mais on va voir ensuite qu’il est extraordinaire), sort, s’extrait plutôt, le papillon adulte. C’est un accouchement douloureux, silencieux mais qui tient du miracle : le papillon extrait de l’enveloppe de la chrysalide ses pattes, et il en a six ; ses antennes, et il en a deux ; son thorax, et son abdomen. Miracle : il a sur le dos ses ailes, enveloppées comme la toile d’un parachute avant l’ouverture. Et s’accrochant à un support, qu’il lui faut trouver le plus vite possible dans la nature, il va se pendre par les pattes, ouvrir la toile du parachute, et injecter dans les nervures de la lymphe pour faire gonfler la voilure. Peu à peu, en une heure magique, les quatre ailes vont se déployer, jusqu’à devenir toutes raides sous l’effet du soleil.

Et d’un coup d’aile, sans avoir jamais appris, le papillon, l’adulte, celui qu’on voit généralement, va se mettre à voler, va chercher à butiner car son estomac est vide, et va surtout chercher le conjoint qui va mettre fin à sa solitude car il a horreur d’être seul : sa finalité, son boulot pourrait-on dire, est de trouver l’âme sœur, convoler en justes noces, pour faire des bébés. Et recommencer indéfiniment le cycle de la vie.

C’est pour cela qu’ils nous fascinent ; et pour bien d’autres mystères encore : comment d’abord sont-ils botanistes, au point de reconnaître la plante sur laquelle pondre pour permettre à leur chenille de manger ? Mais ils ne sont pas que botanistes : ils connaissent les saisons, et gèrent le temps de manière remarquable.

Songeons-y bien : tous les ans, en fonction des saisons, les plantes annuelles poussent, au printemps la plupart du temps. Elles grandissent, donnent des fleurs, puis des fruits, et puis meurent. En hiver elles peuvent même disparaître sous la neige ! C’est le cas du fenouil : petite et tendre herbe odorante au printemps, l’été voit se développer les ombelles de fleurs jaunes, que l’on glisse dans le ventre du bar pêché à la ligne en Bretagne. Et à la fin de l’été, le fenouil sèche. La cuisinière en fait des bottes qu’elle conserve pour de futures grillades.

Eh bien le papillon sait gérer ce calendrier d’une manière étonnante : pour être certain que le cycle va se dérouler de manière efficace, les mâles vont éclore d’abord.

Ces derniers, comme des « mecs » qu’ils sont, vont immédiatement aller butiner les fleurs mellifères, qu’ils sucent goulûment avec leur trompe. Repus, que croyez vous qu’ils font : ils arpentent les prés à la recherche d’une femelle !

Et c’est là que ces dernières décident d’éclore ! Formidable, non ? D’abord, elles choisissent que les mâles soient déjà présents. Mais plus fort encore, elles choisissent que la nourriture de la future chenille soit elle aussi disponible ! Et d’une année à l’autre, le décalage peut représenter quinze jours au moins ! C’est même encore plus caractéristique entre les papillons vivant dans la plaine, et leurs cousins de montagne, où le froid peut créer un décalage d’un mois à quelques kilomètres de distance !

Donc la nourriture de la chenille se prépare au printemps avec la renaissance de la plante nourricière ; le mâle est en vol. La jeune papillonne vierge sort de sa chrysalide. Et sans le faire exprès, (mais le créateur l’a programmée pour cela), elle émet des phéromones, des odeurs puissantes, tellement aphrodisiaques que les mecs en vol rappliquent aussitôt. Ils étaient déjà en chasse voyez vous bien. Et maintenant, c’est comme s’ils avaient respiré du viagra ou une substance analogue ! On ne les tient plus !

Les plus vigoureux, a déjà remarqué Darwin, arrivent les premiers, et les amours peuvent revêtir des formes endiablées, ça peut même se passer en l’air, d’où l’expression du même nom, qui vient le voyez vous de l’attitude très libérée de nos papillons ! Ou à terre, souvent dans l’herbe d’ailleurs. Parfois, tel un animal à deux dos comme les décrivait Rabelais, un couple volète, à l’initiative de l’un, accroché à l’autre…. !

Et puis la femelle devient maman. Son boulot, (les mecs on ne s’en soucie plus, et d’ailleurs ils vont mourir) va être de voleter de plante nourricière en plante nourricière, c’est elle la botaniste, et de coller ainsi au garde-manger, le nombre d’œufs proportionné à la grosseur de la plante ! Sur un bouquet de fenouils, on trouvera ainsi répartis sur les tiges quatre ou cinq œufs de Papilio Machaon pas davantage, afin qu’à l’éclosion chaque chenille soit environnée de nourriture, et que frères et sœurs ne se chamaillent pas, du moins pas tout de suite !

Donc les papillons sont des botanistes, des chimistes et ont une horloge biologique quelque part dans le corps.

Ce sont d’excellents pacifistes aussi : sans armes, comment se protéger des prédateurs, de la gent ailée des insectes qui ne cherche qu’à piquer pour elle aussi alimenter la future progéniture, je parle des guêpes et nombreux hyménoptères chasseurs de chenilles et de papillons. Je pense aussi aux oiseaux grands mangeurs de chenilles et de papillons adultes.

Alors, on se camoufle : la chenille ? on lui met des barres vertes et noires, et tel un tigre dans la savane, elle devient invisible dans le bouquet des fenouils. Le papillon ? On lui met des ocelles, souvent de faux yeux, de manière que le prédateur croie se trouver devant le masque terrible d’un plus féroce que lui. Lâchement alors, il va voir ailleurs une proie moins inquiétante !
Car la décoration des papillons est la plus étonnante de toutes leurs particularités : couleur lichen des ailes antérieurs, et rouge vif des postérieures : dérangé, l’adulte ouvre ses oripeaux, et flashe l’intrus de l’éclair de ses postérieures ! même un homme recule devant le feu d’artifice d’une Lychenée dite « Mariée », ou d’une Ecaille chinée ! Le Machaon a deux petites taches rouges aux postérieures elles-même prolongées de petites queues : eh bien l’oiseau en vol qui veut l’attraper becquette ces ocelles. L’adulte soulagé de ses appendices survit, comme s’il avait lâché du lest ! Devant la tête de mort ornant le thorax du sphinx qui porte le même nom, on comprend que les pharaons eux-mêmes aient pu être impressionnés, et prêter aux papillons des vertus particulières. Les Grecs, eux, pensaient que les âmes se réincarnaient en papillon, et les respectaient ainsi comme leurs propres ancêtres !

Ce petit livre veut ainsi vous faire réfléchir : car dernière vertu, les papillons sont beaux. Efficacité oui, et plus encore beauté. Une beauté gratuite, que les collectionneurs vont traquer tout autour de la planète, dans les endroits les plus reculés.

Pourquoi cette beauté ? ces couleurs appropriées, ces écailles éclatantes, ces dessins détaillés ? C’est le plus grand mystère, et il faut sans doute d’autres réponses que celles de Darwin pour comprendre ! Y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? derrière ce produit de l’évolution, la question fuse d’elle-même … !

Nous laisserons chacun trouver sa propre explication ! Mais c’est cette beauté des papillons encore courants en France, tout proches de chez nous, si visibles et si difficiles à voir tout à la fois, que je désire vous faire partager dans ce livre.



Comme moi, vous aimerez donc les papillons !

aile postérieure gauche d'Apollo

des soleils rouges sur fond immaculé