jeudi 31 mars 2011

Colias, coliades


C’est à mourir de rire (mort de rire dit-on en langage sms : mdr). Je décide de dire quelques mots sur colias, et je tombe sur COLIAS : col (lectif) associatif scot pays de Rennes. Rennes Bretagne. Ca me rappelle des souvenirs. Ainsi donc des bretons écolo ont choisi comme acronyme COLIAS, un papillon, pour symboliser leur mouvement en faisant signer une pétition contre l’épandage du lisier de porc. Et contre le contournement du sud-est de Rennes par une autoroute de plus aux dépens des terrains agricoles qui sinon vont servir …de terrain d’épandage. On respire d’habiter dans le sud de la France où les porcs, que l’on mange volontiers d’ailleurs, proviennent de l’Ouest. Et où le seul fumier provient de vaches bien classiques qui servent à brouter les montagnes et prévenir les avalanches. Donc on tolère leur fumier parce qu’elles sont utiles à la nature.

Mon histoire comme toujours est véridique et je vous refile le lien pour que vous vérifiez :


Enfin j’ai compris à quoi servent les papillons : à illustrer des combats écolo contre la société productiviste. Remarquez, je m’en doutais un peu, et quand à la gare SNCF je prends les prospectus recouverts d’images de papillons, j’en déduis que nos amis lépidoptères servent d’alibi facile à tous ceux qui aimeraient que soit protégée la nature, alors même qu’ils n’en sont pas propriétaires et ne font pas grand chose de concret pour elle, sinon râler bien entendu. Les papillons prospectus sont toujours exotiques, et il est bien dommage que les publicitaires de la SNCF ne fassent pas de pub pour les papillons de chez nous mais une fois de plus, nos contemporains tombent à côté du sujet qu’ils pourraient promouvoir !

Ah j’oubliais, un SCOT vous connaissez c’est un schéma de cohérence territorial, et j’ai renoncé à y faire inclure des espaces préservés pour les papillons, mais ça ne coûte rien de persévérer après tout !

Si cela servait à préserver Colias !

Notre Colias le plus connu est fort opportunément nommé chez nous : « Le Souci ». Les Anglais disent Dark Clouded Yellow ou Common Clouded Yellow. Les allemands, Postillon ou Wander-Gelbling. Oranje luzernevlinder en néerlandais et Szlaczkoń siarecznik en polonais. Tout ça pour vous confirmer que les noms vernaculaires ne signifient pas grand chose, sauf une certaine mélancolie s’agissant de notre propre langue. Le véritable nom latin est Colias croceus, ce qui immanquablement nous fait nous interroger sur la place de la croix dans cette affaire ? Attention aux contre-sens : croceus signifie précisément de couleur safran, et décrit l’orange de notre Colias , pas autre chose, rien de religieux, restons laïcs tout de même !

toujours Jacob Hübner
Nous avons un autre Colias qui se nomme Hyale. Il n’y a pas d’homogénéité dans les noms des papillons car cette fois-ci, Hyale désigne une nymphe. Une nymphe de la suite de Diane. Quand elle fut aperçue dans le bain par Actéon, elle puisait de l’eau dans les urnes, pour la répandre sur la déesse.

En montagne, on trouve « le solitaire », colias palaeno. Je dois reprendre mon dico de latin ! Palor, aris, ari, intr, signifie errer ; aller ça et là. Vagi palantesque, c’est errants et dispersés. Palantia sidera, ce sont les astres errants.  Notre palaeno, c’est errant. Pas le juif errant, mais le colias errant. En montagne on l’entrevoit voler à toute vitesse en effet, errant sur les pelouses, escarpées propres à se fouler une cheville, on ne risque pas sauf chance extrême de l’attraper d’un coup de filet !

Les colias forment une famille très intéressante des piérides, qui vivent sur le choux, mais pas que. Nous avons déjà parlé des piérides avec Anthocaris, celui des cardamines et celui de la biscutelle. Il était temps d’aborder les Coliades qui sont des papillons superbes, avec des variations passionnantes pour le collectionneur.

Puisque je feuillette les dictionnaires, autant aller au bout. Colias est vous vous en seriez douté le surnom d’Aphrodite qui avait un temple sur le cap Colias en Attique. Aphrodite retrouvée, nous sommes sauvés !


Les Soucis ont un vol très rapide, désagréable pour le chasseur,  et ils se posent toujours ailes fermées, donc ne sont pas commodes à trouver. Leur envergure varie 35 à 50 mm avec un verso jaune orangé bordé de noir marqué d'une une noire sur l'aile antérieure. Le revers est jaune d'or avec des taches noires sur l'aile antérieure.

 Les œufs jaune clair qui deviennent roses éclosent vite et donnent des chenilles vertes à poils blanchâtres ornées d'une bande blanche à points orange et noirs sur le côté. L'été elles se chrysalident en un mois. La chrysalide est elle aussi vert vif avec une raie jaune.

toujours les diapo retrouvées !

 Le Souci, notre colias le plus courant, hiverne sous forme de chenille. Il vole d'avril à octobre en plusieurs générations.

 Les plantes hôtes de sa chenille sont des légumineuses, dont la luzerne et le trèfle.

 C'est un autochtone des régions tempérées du pourtour méditerranéen et un migrateur qui arrive au printemps dans le nord de l'Europe.

Le Souci est présent en Afrique du Nord, au Moyen-Orient jusqu'en Iran, dans toute l'Europe sauf le nord de la Scandinavie.

Je vous confie un secret : j’ai bien connu à Rennes un professeur de l’Ecole Nationale d’Agronomie de Rennes, l’ENSAR qui participe grandement à la renommée de la première ville de Bretagne. La semaine, il enseigne les mathématiques à la Grande Ecole d’agronomes. Le dimanche il joue de la harpe celtique avec ses enfants, célébrant la tradition de la musique celte. C’est un magnifique chasseur de papillons, et il parcourt toute la méditerranée au cours des vacances d’été pour rechercher les Colias en Turquie et dans les pays limitrophes. Il possède des tas d’espèces méditerranéennes, et des tas de variations géographiques. Je me souviens sa tristesse de voir les populations se raréfier au cours des années. L’ennemi n’était pour une fois pas les pesticides, mais le surpâturage : les troupeaux de chèvres et de moutons rasant les pelouses de légumineuses empêchaient les pauvres chenilles de colias de trouver leur pitance.

Une fois encore, comment préserver un équilibre entre les espèces dans une nature saturée ?

Nous n’avons qu’une planète, nous n’avons des pâturages qu’en quantité finie. Nous ne pourrons devenir réellement dix milliards d'humains qu’en nous empilant dans des tours comme à Dubaï.



J’écris ces lignes en pensant à mes petits enfants

pour qu'ils voient, au moins cette fois, des Colias

à la robe safran  !

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