mercredi 14 mars 2012

Introduction



Mes amis Papillons

Histoires mythiques  d’un écologue


…on devient jeune à soixante ans !
 dommage que ce soit un peu tard !
                                        Picasso



Je dédie ces petites histoires à mon père Roger.
Instituteur, il m’a donné le sentiment tout petit d’être le fils de Pagnol.
Tel Lorenz, il m’a imprégné de l’amour des papillons.
C’est un grand cinéaste,
et il sait tout des mœurs de Machaon.
C’est grâce à lui que j’ai appris le latin,
et j’espère qu’il trouvera ici les commentaires
lui permettant d’évoquer dans ses films
les Dieux de la Grèce antique.




Message à mes petits enfants :

J’ai eu la chance d’avoir un Maître : Robert Blanchard
et je possède toujours ses boites en noyer du Lot.
Prenez soin de cette collection, elle a quarante ans !
En voici l’histoire…



J'ai écrit toutes ces petites histoires il y a deux ans, pour Noël 2009. Je rêvais, comme tout auteur, de me faire publier. Hélas, le parcours traditionnel d'un auteur amateur est terriblement sélectif. Le mien a commencé par la rencontre avec une éditrice qui, inquiète d'avoir à s'aventurer dans une aventure écologique, a décidé de découper mon "immeuble par appartements", dans une sorte de "vente à la découpe" comme on dit dans le secteur immobilier. Deux opuscules ont finalement été édités en deux ans, et puis tout s'est arrêté.

Heureusement qu'il y a internet, et les blogs : ils permettent de s'auto-éditer et de jeter des bouteilles à la mer sur la toile mondiale. En un an, vous avez été sept mille visiteurs de mes messages illustrés. Vous m'avez beaucoup appris, y compris que Graellsia Isabellae fréquentait le Valais en Suisse, une délocalisation dont j'ignorais totalement l'existence, je dois bien l'avouer !

Aujourd'hui, je mets de l'ordre dans les chapitres, en reconstituant une préface ; un épilogue ; et une table des matières. Celle-ci permettra de visionner l'ensemble, et de se rendre informatiquement, comme on le ferait en feuilletant un livre, au chapitre intéressant.

Au demeurant, on pourra charger le tout sur son ipad, lire verticalement, et feuilleter virtuellement ces quelques pages (gratuites), sans s'encombrer de l'habituel papier (payant).

       Et vive les nouvelles technologies de l'information et de la communication !


Noël 2011




Les papillons nous fascinent par leurs métamorphoses : d'abord ils ont la forme d'oeuf. Après une première transformation mystérieuse, il en sort une chenille. Ces dernières grossissent, puis muent, abandonnant plusieurs fois leur ancienne peau, changeant souvent de forme, de couleurs, de longueur et de grosseur. C’est quand elles sont chenilles qu’elles dévorent des feuilles, des tas de feuilles : ce sont des végétariennes pur jus. Difficiles, elles n’acceptent souvent qu’une espèce de plantes : la carotte et le fenouil pour le Machaon. La pomme de terre (les feuilles de pommes de terre !) et les solanées pour le Sphinx Tête de Mort. Les orties pour la plupart des vanesses dont le Paon du jour. C’est d’ailleurs à ce stade que le papillon est fragile : supprimons la nourriture de la future chenille, il n’aura plus d’endroit où pondre ; la chenille ne pourra se développer, et il n’y aura plus d’adultes…. C’est un peu ce qui arrive aujourd’hui, mais comme le dirait Kipling, ceci est une autre histoire !

La chenille au dernier stade se transforme en… chrysalide. Souvent, elle tisse une enveloppe de protection pour que les prédateurs ne viennent pas l’ennuyer pendant  sa longue période d’incubation : c’est le cocon. Il y a des cocons merveilleusement tissés, comme des nasses, qui possèdent un opercule de sortie fabriqué pour que l’adulte puisse sortir de l’intérieur vers l’extérieur, mais qu’un intrus ne puisse entrer de l’extérieur vers l’intérieur ! C’est le cas du grand Paon de nuit par exemple.

Ce n’est qu’après tous ces préalables que de la chrysalide, un jour, on ne sait pas trop par quel mécanisme, (mais on va voir ensuite qu’il est extraordinaire), sort, s’extrait plutôt, le papillon adulte. C’est un accouchement douloureux, silencieux mais qui tient du miracle : le papillon extrait de l’enveloppe de la chrysalide ses pattes, et il en a six ; ses antennes, et il en a deux ; son thorax, et son abdomen. Miracle : il a sur le dos ses ailes, enveloppées comme la toile d’un parachute avant l’ouverture. Et s’accrochant à un support, qu’il lui faut trouver le plus vite possible dans la nature, il va se pendre par les pattes, ouvrir la toile du parachute, et injecter dans les nervures de la lymphe pour faire gonfler la voilure. Peu à peu, en une heure magique, les quatre ailes vont se déployer, jusqu’à devenir toutes raides sous l’effet du soleil.

Et d’un coup d’aile, sans avoir jamais appris, le papillon, l’adulte, celui qu’on voit généralement, va se mettre à voler, va chercher à butiner car son estomac est vide, et va surtout chercher le conjoint qui va mettre fin à sa solitude car il a horreur d’être seul : sa finalité, son boulot pourrait-on dire, est de trouver l’âme sœur, convoler en justes noces, pour faire des bébés. Et recommencer indéfiniment le cycle de la vie.

C’est pour cela qu’ils nous fascinent ; et pour bien d’autres mystères encore : comment d’abord sont-ils botanistes, au point de reconnaître la plante sur laquelle pondre pour permettre à leur chenille de manger ? Mais ils ne sont pas que botanistes : ils connaissent les saisons, et gèrent le temps de manière remarquable.

Songeons-y bien : tous les ans, en fonction des saisons, les plantes annuelles poussent, au printemps la plupart du temps. Elles grandissent, donnent des fleurs, puis des fruits, et puis meurent. En hiver elles peuvent même disparaître sous la neige ! C’est le cas du fenouil : petite et tendre herbe odorante au printemps, l’été voit se développer les ombelles de fleurs jaunes, que l’on glisse dans le ventre du bar pêché à la ligne en Bretagne. Et à la fin de l’été, le fenouil sèche. La cuisinière en fait des bottes qu’elle conserve pour de futures grillades.

Eh bien le papillon sait gérer ce calendrier d’une manière étonnante : pour être certain que le cycle va se dérouler de manière efficace, les mâles vont éclore d’abord.

Ces derniers, comme des « mecs » qu’ils sont, vont immédiatement aller butiner les fleurs mellifères, qu’ils sucent goulûment avec leur trompe. Repus, que croyez vous qu’ils font : ils arpentent les prés à la recherche d’une femelle !

Et c’est là que ces dernières décident d’éclore ! Formidable, non ? D’abord, elles choisissent que les mâles soient déjà présents. Mais plus fort encore, elles choisissent que la nourriture de la future chenille soit elle aussi disponible ! Et d’une année à l’autre, le décalage peut représenter quinze jours au moins ! C’est même encore plus caractéristique entre les papillons vivant dans la plaine, et leurs cousins de montagne, où le froid peut créer un décalage d’un mois à quelques kilomètres de distance !

Donc la nourriture de la chenille se prépare au printemps avec la renaissance de la plante nourricière ; le mâle est en vol. La jeune papillonne vierge sort de sa chrysalide. Et sans le faire exprès, (mais le créateur l’a programmée pour cela), elle émet des phéromones, des odeurs puissantes, tellement aphrodisiaques que les mecs en vol rappliquent aussitôt. Ils étaient déjà en chasse voyez vous bien. Et maintenant, c’est comme s’ils avaient respiré du viagra ou une substance analogue ! On ne les tient plus !

Les plus vigoureux, a déjà remarqué Darwin, arrivent les premiers, et les amours peuvent revêtir des formes endiablées, ça peut même se passer en l’air, d’où l’expression du même nom, qui vient le voyez vous de l’attitude très libérée de nos papillons ! Ou à terre, souvent dans l’herbe d’ailleurs. Parfois, tel un animal à deux dos comme les décrivait Rabelais, un couple volète, à l’initiative de l’un, accroché à l’autre…. !

Et puis la femelle devient maman. Son boulot, (les mecs on ne s’en soucie plus, et d’ailleurs ils vont mourir) va être de voleter de plante nourricière en plante nourricière, c’est elle la botaniste, et de coller ainsi au garde-manger, le nombre d’œufs proportionné à la grosseur de la plante ! Sur un bouquet de fenouils, on trouvera ainsi répartis sur les tiges quatre ou cinq œufs de Papilio Machaon pas davantage, afin qu’à l’éclosion chaque chenille soit environnée de nourriture, et que frères et sœurs ne se chamaillent pas, du moins pas tout de suite !

Donc les papillons sont des botanistes, des chimistes et ont une horloge biologique quelque part dans le corps.

Ce sont d’excellents pacifistes aussi : sans armes, comment se protéger des prédateurs, de la gent ailée des insectes qui ne cherche qu’à piquer pour elle aussi alimenter la future progéniture, je parle des guêpes et nombreux hyménoptères chasseurs de chenilles et de papillons. Je pense aussi aux oiseaux grands mangeurs de chenilles et de papillons adultes.

Alors, on se camoufle : la chenille ? on lui met des barres vertes et noires, et tel un tigre dans la savane, elle devient invisible dans le bouquet des fenouils. Le papillon ? On lui met des ocelles, souvent de faux yeux, de manière que le prédateur croie se trouver devant le masque terrible d’un plus féroce que lui. Lâchement alors, il va voir ailleurs une proie moins inquiétante !
Car la décoration des papillons est la plus étonnante de toutes leurs particularités : couleur lichen des ailes antérieurs, et rouge vif des postérieures : dérangé, l’adulte ouvre ses oripeaux, et flashe l’intrus de l’éclair de ses postérieures ! même un homme recule devant le feu d’artifice d’une Lychenée dite « Mariée », ou d’une Ecaille chinée ! Le Machaon a deux petites taches rouges aux postérieures elles-même prolongées de petites queues : eh bien l’oiseau en vol qui veut l’attraper becquette ces ocelles. L’adulte soulagé de ses appendices survit, comme s’il avait lâché du lest ! Devant la tête de mort ornant le thorax du sphinx qui porte le même nom, on comprend que les pharaons eux-mêmes aient pu être impressionnés, et prêter aux papillons des vertus particulières. Les Grecs, eux, pensaient que les âmes se réincarnaient en papillon, et les respectaient ainsi comme leurs propres ancêtres !

Ce petit livre veut ainsi vous faire réfléchir : car dernière vertu, les papillons sont beaux. Efficacité oui, et plus encore beauté. Une beauté gratuite, que les collectionneurs vont traquer tout autour de la planète, dans les endroits les plus reculés.

Pourquoi cette beauté ? ces couleurs appropriées, ces écailles éclatantes, ces dessins détaillés ? C’est le plus grand mystère, et il faut sans doute d’autres réponses que celles de Darwin pour comprendre ! Y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? derrière ce produit de l’évolution, la question fuse d’elle-même … !

Nous laisserons chacun trouver sa propre explication ! Mais c’est cette beauté des papillons encore courants en France, tout proches de chez nous, si visibles et si difficiles à voir tout à la fois, que je désire vous faire partager dans ce livre.



Comme moi, vous aimerez donc les papillons !

aile postérieure gauche d'Apollo

des soleils rouges sur fond immaculé

lundi 12 mars 2012

Sommaire

  1. Papilio Machaon, le machaon
  2. Parnassius Apollo, le roi de la montagne
  3. Heodes dispar un trésor est chaché dedans
  4. L’Ecaille chinée de Rhodes
  5. Le grand Paon de Nuit et Henri Fabre
  6. Le mystère d’Anthocaris Euphenoides en Tarn et Garonne
  7. L’histoire d’Antiopa et de Churchill
  8. Le Sphinx Tête de Mort du pharaon de Turin
  9. Le Paon du jour et les yeux de paon
  10. Hebe ou la mythologie continue
  11. Graellsia Isabellae ou la belle histoire
  12. Thaïs Hypsipile ou pourquoi avoir vécu neuf ans en Arles
  13. Le grand mars aux reflets changeants de Colette                                
  14. La piste du Dorycnium
  15. Alexanor et la leçon de médecine
  16. L’histoire d’Apatura Ilia ou l’énigme de la « deuxième génération »
  17. Archon Apollinus et l’oracle de Delphes
  18. Charaxes Jasius notre pied noir d’Afrique
  19. Lysandra Coridon ou le bucolique berger de l’été
  20. Mais qui leur a peint des yeux ? est-ce donc le loto qui peint ?
  21. Podalirius, le frère de Machaon,le papilio planeur
  22. Vanessa Atalanta, l’évolution dans les îles, ou Darwin avait raison
  23. Hospiton ou Bonaparte prend le maquis
  24. Dessine moi un papillon lettre à St –Ex
  25. Eudia pavonia, encore une histoire d’yeux
  26. Me réincarner en papillon ? N’y pensons plus : le poids de l’âme !
  27. Samia Cynthia, un chinois dans Paris
  28. Anthocaris cardamines, ou l’extase d’Aurore
  29. Euphydrias cynthia, le montagnard de saint-Véran
  30. Acanthobrahmaea europaea, Il conte e le farfalle.
  31. Malicorne d’Hubert Reeves La théorie du huitième jour et l’effet papillon
  32. Vanessa cardui, la belle dame…du chardon…ou d’ailleurs
  33. Satyres de nos bois
  34. Vous avez dit Catocala ? les beaux dessous de la mariée !
  35. Maculinea arion, la chenille et la fourmi
  36. On les appelle Nacrés, miroir mon beau miroir
  37. Limenitis populi, la crème de Chantilly
  38. Arschnia levana, soyons sympa pour porrima
  39. Eudaemonia, le papillon du bonheur
  40. Scolitantides Orion, la constellation d’un chasseur, né d’une peau de vache
  41. Gastropacha quercifolia, elle se prend pour une feuille
  42. Mes amis sphinx posent toujours des énigmes
  43. Ascalaphe n’est pas un papillon, mais un trojan horse
  44. Gonepteryx Cleopatra, pressé comme un citron, sauf en Provence
  45. Epilogue




lundi 15 août 2011

naissance de Psyché

Vous observerez que la Nature fonctionne (encore) comme une horloge : Psyché est née ce matin, dans la cage où (par précaution) j'avais abrité sa chrysalide. Je n'ai rien vu, occupé au jardin (encore). Un garçon ; une fille, le compte est bon.


Je l'ai sortie de sa cage, et posée dans l'herbe, elle m'a fait le grand jeu, me faire peur, ailes grand écartées.


et là, on a fait connaissance...


je lui ai fait le coup de l'homme qui parlait à l'oreille des papillons

ça c'est une confrère, du côté de ...Fukushima !

et puis j'ai voulu lui faire connaitre le fenouil

Voilà. Le soleil est annoncé cet après-midi. Le garçon (mais c'est son frère ! ) a été lâché la veille. Pour peu qu'ils se rencontrent, on va droit à l'inceste...!

C'est quand-même mal barré tout ça ?



vendredi 12 août 2011

happy birthday !

Ca s'est passé ce matin : je vérifie depuis quelques jours la première chrysalide : ça y est : on voit à travers !
Quinze jours très exactement après, la métamorphose de la seconde génération aura été brève !


Normalement, l'éclosion est proche. Mais j'attends le facteur. Il faut aller à la poste car hier il a oublié de sonner et m'a laissé le papier jaune habituel. Je ne veux pas rater la veille du congé du 15 août qui risque de me renvoyer mardi ! L'éclosion peut durer quelques heures encore. Je refais le tour du jardin, et méfiant je viens voir : raté,  il est déjà éclos !

on le voit bien tout mou, notamment les pointes recroquevillées des queues


De temps en temps il ouvre les ailes en les incurvant pour bien prendre le soleil. Sinon, il les tient fermées pour bien les raidir.

le séchage dure deux bonnes heures, et je commence à cuire au soleil. La poste ce matin, c'est fichu ! Et puis, il ouvre les ailes, c'est bien sec maintenant. Il lâche les gouttes habituelles par l'abdomen.





A midi pile, sans jamais avoir appris, il a battu des ailes, et est parti. Il a franchi la haie, et s'en est allé chez le voisin qui n'avait même pas participé. Il est parti sans que j'aie pu me rendre compte s'il avait pu s'alimenter. Mes fenouils sont en fleur, et le voisin n'en n'a pas. Je ne vois pas voler grand monde. Va-t-il trouver l'âme soeur ?

J'avais oublié : c'est un garçon...

                                                         je lui souhaite de trouver une Psyché...

jeudi 28 juillet 2011

17 jours plus tard

Observation dans la forêt que constitue, à l'échelle du monde des papillons, notre gros bouquet de fenouils.


la numéro un s'est chrysalidée sur place, en prenant la belle couleur verte de la tige qu'elle a choisi pour support



bien calée sur son coussinet, elle est suspendue à son harnais

la numéro deux est immobile, en attente de sa métamorphose

                                             elle a choisi la même attitude : rester sur place !

Désolé pour la troisième, elle n'ai pas bougé, pas grandi, sans doute s'est-elle fait piquer par une guêpe ?

Vous le voyez bien, c'est dur de survivre au milieu des fenouils !


dimanche 10 juillet 2011

Machaon : toujours présent

toujours présent
(ou plutôt : encore présent ?)
j'avoue être un peu pessimiste !

Nous sommes le 10 juillet, et j’inspecte les fenouils tous les matins : rien ! Vous savez qu’un jardin de ville constitue un refuge ultime, l’arche de Noé des papillons. Je ne vois plus aucun fenouil dans la nature ou au bord des routes. J’ai entre-vu voler l’adulte en avril sous les fortes chaleurs. S’il y avait une femelle, elle a du pondre ? Jusque là, rien. Pourtant mes trois pieds sont magnifiques, et ils envahissent le rosier voisin.


Aujourd’hui c’est dimanche, et j’effectue mon inspection journalière ! Les fleurs jaunes commencent d’éclore, formant leur ombelle si attirante. Il y a de magnifiques punaises rayées, pardon de ne pas savoir leur nom exact.


Et je fouille (des yeux) dans la masse verte. Et je vois la première. Fraichement sortie de mue, elle est encore petite, et va bien devoir manger encore quinze jours pour prendre sa taille définitive. Ca nous fait une chrysalide fin juillet ; et un papillon à la mi-août. Il va pondre et redonner une chenille en septembre : le cycle habituel !




Et puis je vois la seconde…



         Et jamais deux sans trois, je trouve la troisième. Exactement pareille, même stade, même taille.


Trois chenilles pour perpétuer l’espèce, ne me semble pas beaucoup. J’espère que d’autres que moi cultivent des fenouils (sans pesticides) ?

Je ne cherche pas à être polémique : Eva Joly avec son joli prénom Eve, et ses jolies lunettes carmin-marketting, va vraisemblablement  représenter les écologistes. J'aurais préféré Hulot. Je préfère encore davantage Nathalie Kosciusko-Morizet, notre ministre de l'Environnement. Elle a les compétences. Et comme cela m'arrive aussi, elle est devenue Ingénieur des Ponts, et des Eaux et Forêts. Le sigle c'est I.P.E.F. Il m'est demandé une photo pour figurer dans l'annuaire, qui va être le premier de ce nouveau corps. Non : Corps avec une majuscule ! Je tente de publier ma photo sur face-book, où je dédicace mon premier livret sur Euphénoides, il y a un an à Montauban. Ca fera au moins un I.P.E.F à déclarer ostensiblement être l'ami des papillons !

Je vais tenter d'inviter tout ce petit monde à voir mes trois petites chenilles, Pleines de promesses (ténues) pour les générations futures.

Après tout, il y a encore plus facile : il suffit qu'ils lisent mon blog ! Ca ne leur prendra qu'une minute, même pas on doit pouvoir faire cela en trente secondes ! 

Car qui (entre parenthèses) va leur parler de Machaon,

 si je ne m’en occupe pas ?


mardi 7 juin 2011

Saturnia laliquae


Je vous ai déjà parlé des bijoux de Lalique, et j’ai fini par trouver un site soviétique, d’amoureux d’Art Nouveau et de bijoux précieux. Je me suis remis à déchiffrer les caractères cyrilliques, plusieurs années après, pas facile ! Les images, elles, sont elles universelles. Jamais je n’avais contemplé autant de bijoux, avec une telle  inspiration naturaliste : on connaît les libellules en forme de broches, mais pas le bestiaire fondé sur les papillons.


des guêpes plus vraies que vraies !














Or, j’ai trouvé l’œuf.



Et puis les chenilles de vanesses, avec leurs piquants.



Les adultes sont souvent du sexe féminin, avec notre universel Machaon.






















Il y a des montres aussi...



et des sphingidae




Ca commence par un dessin
























plus beaux que les vrais !




mercredi 1 juin 2011

amis curtimengiens !

Avis aux amateurs…de Courmangoux



J’ai vérifié sur internet : on parle bien de 01370 Courmangoux, dans le Revermont bressan. On cite Bernard Clavel. On cite Madame votre Maire. Il était temps que nous nous rencontrions samedi 21 mai dernier dans votre salle de mairie dont la photo figure en bonne place dans l’article de Wikipedia, ceci grâce à l’énergie enthousiaste de Mireille Careyre, la présidente de l’Envol…(de papillons ?)

Je vous ai posé un défi : existe-t-il un papillon (prestigieux) spécifique à votre commune ?

Le pire est que moi, j’y crois, mais la distance qui nous sépare ne me permet pas, comme vous, d’arpenter vos vallons en cette période de début juin. Je le regrette.

Deux pistes aux internautes que vous paraissez être (il paraît que plusieurs d’entre vous, une fois rassasiés des grenouilles ingérées au hors d’œuvre bien entendu) digèrent avant la sieste en surfant sur la toile ? ?

C’est cette histoire de grenouilles qui m’a alerté, car qui dit grenouilles dit œufs. Mares d’eau avec des œufs, puis  têtards, enfin grenouilles. Et s’il y a des mares, il y a de l’oseille. Et si oseille il y a, je vous ai expliqué que les papillons étant inféodés aux plantes et aux habitats, il y a des lycènes cuivrés. Vous savez ces petits papillons bleus qui vous ont tant intrigués ? Qui ont au revers les cent yeux d’Argos ? et que Linné a nommé Argus ?

Ils ont des cousins cuivrés, et le plus célèbre d’entre eux vit avec les grenouilles !

Je vous ai dit deux pistes :

La première est la revue internet de Courmangoux, http://www.courmangoux.fr/Envol

Vous connaissiez déjà. Il y a un second lien.

C’est celui qui mène à l’ABVG (je ne traduis pas pour vous forcer à naviguer), qui publie chaque trimestre une superbe revue plutôt botanique : « Salicaire ».

Le numéro 77 qui est le premier de l’année 2011 vient de sortir. Un article de votre serviteur, illustré par une gouache d’Anne, de superbes photos de l’auteur et des botanistes adhérents vous dit tout sur Heodes Dispar, le cuivré des marais.



Ce qui est intéressant, c’est la fin, des pages 18 à 24.

Je vous en parle parce que c’est le moment : il éclot aujourd’hui pour sa première génération, et c’est là que ses chenilles ayant bien mangé au printemps, l’adulte (mâle) est le plus gros, un feu d’artifice rouge dans les iris verts.


Si vous le trouvez, vous me le dites naturellement. Vous aurez droit à un article dans les revues scientifiques autorisées, peut-être même en anglais qui sait ? dans la revue Nature ? (prononcez avec l’accent). Vous passerez sur FR3, et il s’ajoutera un détail intéressant dans Wikipédia. Tout ça car, pour le moment en tous cas, il n'est pas connu (dans la littérature spécialisée) comme curtimengien

Je vous souhaite la gloire entomologique, amis curtimengiens (et curtimengiennes évidemment).

PS : la revue N°77 coûte 5 Euros, mais je vous conseille l’abonnement annuel pour 15 Euros : comme ça vous aurez les prochains articles. Il y en aura d'autres sur les papillons car là où les habitats sont préservés, les papillons sont préservés.

En cadeau, je vous fais lire la maxime du Grand Chef Sioux trouvée chez mon kiné !

il faut cliquer pour voir plus gros.
Le Grand Chef n'a pas cité les papillons,
mais l'esprit y est

samedi 2 avril 2011

La lengua de las mariposas



En hommage à Roger & Micheline,
 instituteurs de campagne, dans les années... 1945...

C’est un film espagnol de José Luis Cuerda, sorti en 2000, sur un scénario de Rafael Azcona, d’après trois nouvelles de Manuel Rivas.

Nous sommes en 1936,  à la fin de l’hiver, dans un petit village de Galice. Moncho vient d’avoir huit ans et il va pour la première fois à l’école. Il aurait du commencer l’année scolaire avec les autres, en septembre, mais son asthme a retardé l’échéance. L’école, il en a une trouille bleue : on lui a raconté que les maîtres battent les enfants. Et d’ailleurs, le premier jour, il s’enfuit terrorisé, et passe la nuit dans la montagne avant de rentrer à la maison plus mort que vif.

Il faudra que son maitre d’école, Don Gregorio,  vienne le chercher en personne chez lui. Et à son arrivée en classe, Moncho sera accueilli par des applaudissements : de quoi lui faire oublier ses craintes, et lui donner un moral d’enfer pour commencer à apprendre.

Avec don Gregorio, apprendre est un plaisir, une espèce de grande aventure. Le vieux maitre a la sagesse chaleureuse et le savoir gai, transmettant avec gourmandise aux mômes des connaissances aussi fondamentales que peu académiques : l’origine américaine de la pomme de terre, les manières courtoises du ptilonorynque, et pourquoi les papillons ont la langue enroulée comme un ressort de montre…la lengua de las mariposas…

Il leur fait lire des poésies à haute voix et leur apprend en passant ce qu’est l’honnêteté quand il refuse les cadeaux d’un notable local qui voudrait un traitement de faveur pour son rejeton.

Le printemps venu, Don Gregorio trimballe son petit monde dans les champs : l’observation de la nature est bien plus formatrice que n’importe quel cours magistral. Bref, c’est un professeur de vie, avec qui Moncho tisse une relation tendre et profonde, partie pour durer toujours.

Hélas le monde a son mot à dire. En ce mois de juillet 1936, les nouvelles ne sont pas bonnes : une ère nouvelle s’annonce, qui balaie d’un coup de botte toutes les valeurs humanistes inculquées par un vieux maitre d’école idéaliste…

Je tire ce commentaire de la gazette Utopia n° 175 du 6 avril au 10 mai 2011, que je trouve chez Francis Fernandez, mon kiné préféré, qui pratique la méthode Mézières apprise autrefois dans le Gers auprès de Mademoiselle herself, et qui est d’origine espagnole comme l'indique son nom évidemment.


Dans les années 1947, à la Vieux-Rue petite commune de Seine-Inférieure comme on l’appelait alors, j’ai des souvenirs communs avec Moncho. Papa et maman me faisaient l’école, on apprenait « my taylor is rich » sur un magnétophone. Le piano, le théâtre et la danse sur fonds de « Beau Danube bleu », faisaient partie de nos humanités. Papa cultivait deux jardins dont il ornait les allées en briques de bordures d'oeillets blancs dont je me souviens encore de l'odeur. Il me faisait tremper les jeunes poireaux dans la bouse de vache ramassée dans la rue avant de les mettre en terre, et élevait Machaon dont on trouvait les chenilles sur les carottes. Il nous concoctait tous les ans une grande journée papillons, dont le clou était une présentation d’espèces naturalisées ouverte aux habitants de la commune extasiés de merveilles qu'ils n'auraient jamais eu l'idée d'observer dans la nature auparavant. Le dimanche je servais la messe du curé qui s’appelait Frelon, je vous assure que c’était son vrai nom. Il y avait un sénateur qui s’appelait Pit, mais je vous rassure son prénom n’était pas Brad. Papa nous apprenait la géologie, dans des bouquins niveau seconde d’aujourd’hui. Au certificat d’études d’alors, les premiers étaient du niveau troisième d’aujourd’hui, mais l’objectif était d’intégrer le Lycée Corneille de Rouen en 6ème latin pour les déclinaisons. Et dans la foulée d'apprendre l'allemand qui se décline aussi, et n'est donc pas plus difficile que le latin, natürlich. L’allemand étant plus compliqué, ce serait un plaisir d’apprendre l’anglais en seconde langue puisque l'anglais ne se décline pas : il faut toujours se coltiner d’abord les emmerdements maxi. Entrer le premier chez le dentiste par exemple. Ensuite, on n’oublie plus cela de toute sa vie !

Et alors ?

La lengua de las mariposas ?

Il faut savoir que les pièces buccales des papillons sont transformées en trompe, enroulée en spirale pour aspirer le nectar. La trompe est formée par les galeas des maxilles qui sont fortement allongées et reliées entre elles par deux coaptations : l’antérieure formée de soies et la postérieure formée de crochets qui les solidarisent fortement, formant ainsi un canal qui permet l’aspiration du nectar. Toutes les autres pièces buccales sont atrophiées ou absentes, à l’exception des palpes labiaux qui protègent la trompe lorsqu’elle est enroulée au repos.


 La trompe des papillons est un outil de haute précision qui cumule les prouesses techniques.

Au repos, elle reste enroulée en spirale comme un ressort de montre, sous l'effet d'une lame élastique qui court tout au long de sa paroi supérieure. Une succession d'anneaux de chitine - substance très résistante - maintient la canalisation béante quelle que soit sa courbure.

Lorsque le papillon veut se nourrir, il contracte une série de plusieurs centaines de minuscules muscles obliques, situés dans l'épaisseur de la trompe, dont ils provoquent le déroulement. Au premier tiers de la longueur, des muscles spéciaux coudent la trompe vers le bas. Cette articulation souple favorise en particulier la recherche du nectar dans les corolles les plus étroites et les plus profondes. Sans même avoir à baisser la tête, le papillon déplace sa trompe pour explorer tous les recoins des fleurs qu'il visite. Dans la tête de l'insecte, une sorte de poire peut se dilater sous l'action de muscles puissants. Elle fait office d'aspirateur. Les papillons de jour se posent sur les corolles. Grâce à des organes gustatifs très sensibles situés au bout de leurs pattes, ils savent immédiatement s'il y a lieu de déployer leur encombrant attirail d'aspiration.

Voici à quoi cela ressemble pour un papillon de jour :

Apatura iris arbore une trompe jaune-pompier assortie à ses reflets bleus

Chez certains Sphinx, la trompe est « calculée » (Darwin nous dit que c’est en réalité l’évolution qui a permis cette coïncidence) pour être « un poil » plus longue que la corolle de la fleur nourricière. Par exemple Convolvuli est le sphinx gris du liseron. Les beaux soirs d’été quand vous avez chassé les moustiques de la table dehors où vous avez préparé le repas, vous le voyez arriver, fusée grise aux ailes postérieures roses, qui fait du sur-place comme un hélicoptère. Sauf que ses ailes battent à toute vitesse comme un colibri, et ne tournent pas autour d’un axe. A cette vitesse, vous distinguez le corps marqué de triangles roses de part et d’autre, et vous ne voyez rien des ailes tellement elles battent vite. Mais quand convolvuli a repéré une fleur de liseron, voyez comme il se déplace souvent latéralement. Et pile en face de la corolle, il déploie sa trompe qui ressemble un peu aux tuyaux des Mirage qui font du ravitaillement en vol avant d’attaquer les chars de Kadhafi. Attendez, ce n’est pas de la rigolade : la trompe mesure 12 cm, autant que l’envergure de "l’avion" ! Et il aspire le nectar placé au fond, une corolle de liseron étant vous le savez plutôt profonde. On pourrait prononcer le terme, s’il n’avait pas été galvaudé par les films X, de : « Gorge profonde… » Tout cela avec une trompe… d’éléphant. Je vous ai déjà montré la trompe en question repliée dans l’étui de la chrysalide.


Donc vous voyez, il n’y a pas que les éléphants….

Qui trompent énormément !

ravitaillement en vol

Ce convolvuli est un fainéant+"morfal" : il a préféré foncer (au plus profond) de la gorge (profonde)
du liseron
sans déployer sa trompe !

il y a toujours des petits futés pour contourner la règle !

vendredi 1 avril 2011

Erebia


L’Erebe, une contrée infernale… !


si vous agrandissez la photo, vous pourez lire erebia styx à droite !


Il était temps que nous nous préoccupions un peu de ce sujet : l’enfer ! car nous le côtoyons souvent, il nous faut donc l’apprivoiser…au cas où, sait-on jamais ? Des papillons ont été nommés erebia, à cause de leurs couleurs sombres parsemées des yeux anonymes et vitreux des défunts…ils vont nous servir de prétexte à évoquer les ténèbres….


Nous sommes en Grèce, bien avant le redressement financier opéré par le FMI qui a recréé l’enfer (social) pour nombre de nos cousins grecs : fini les dépenses somptuaires, il faut juguler l’hémorragie financière !  Hermès  : assis sur un rocher, s’apprête à conduire une âme défunte dans les Enfers. Dans la mythologie grecque, les Enfers (au pluriel) désignent le royaume des morts. C’est un lieu souterrain où règne le dieu Hadès (du grec ancien ιδης / Háidês), raison pour laquelle on parle souvent de royaume d’Hadès, ou Hadès tout court, ainsi que sa femme, Perséphone. Hadès grec, c’est Pluton romain. Lui, règne sur les Inferni.

Le royaume d’Hadès est l’endroit où toutes les psychai vont pour être jugées après la mort. Toutes les âmes sont retenues comme des ombres sans force ni sentiment, pure présence d’un passé à jamais aboli. Plusieurs séjours des morts sont distingués clairement selon les verdicts d’un jugement post-mortem, fondé sur les qualités et les défauts de chacun, devant un tribunal présidé par Minos, Éaque et Rhadamanthe.

Le premier qui nous intéresse ici est l'Érèbe, la région la plus proche de la surface. C’est ici que doivent attendre les âmes dont les corps n’ont pas été enterrés selon les rites, pour une période de cent ans. On y trouve également le palais de la nuit, qui n’a rien d’un dancing tropézien ; Cerbère, les Érinyes et la Mort.

Le second évoque un séjour cinq étoiles ; c’est les Champs Élysées. Appelé aussi "île des Bienheureux", Homère et Hésiode pensaient qu'elle était située dans le lointain Ouest au-delà des flots de l'Océan. Certains héros en faveur auprès des Dieux y étaient envoyés au lieu de mourir. Ils y jouissaient d'une entière et plaisante nouvelle vie. Dans la mythologie postérieure, on se représenta Elysée comme une partie des Enfers gouvernée par Rhadamanthe, (dont je vous ai déjà parlé puisque c’est un zygène dont la chenille vit sur le Dorycnium). C'est là que Virgile le situe dans le livre VI de l'Enéide ; pour lui, comme pour Platon, c'était le lieu où les âmes justes séjournaient temporairement avant d'être réincarnées. Il paraît que notre Elysée à nous français n’est pas le Palais des Plaisirs que l’on croit, et que l’on y travaille parfois très tard à soulager les souffrances de nos contemporains ?

Le Tartare est la région la plus profonde des Enfers, où quelques criminels mythiques célèbres reçoivent leur punition, telles les Danaïdes, Ixion, Sisyphe, Tantale, etc. On comprend mieux le nom du steack cru, avec ses œufs (crus), ses câpres et sa viande rouge moulinée au pressoir. C’est aussi la prison des dieux déchus comme les Titans et des Géants, et tous les anciens dieux qui s’étaient opposés aux Olympiens. Il s’agit du lieu où l’on expie ses fautes, où toutes les formes de torture physique ou psychologique sont représentées. À l’intérieur de sa triple enceinte d’airain, il renferme le palais d' Hadès. C’est une région aride, sans vie et monotone avec parfois des étangs glacés, des lacs de soufre ou de poix bouillante, où baignent les âmes malhonnêtes. L’endroit est entouré par des fleuves aux eaux boueuses, des marécages à l’odeur nauséabonde, qui forment un rempart pour que nulle âme n’échappe à sa peine. Aujourd’hui, on pourrait se représenter une espèce de Tchernobyl, où bouillonne encore pour des milliers d’années le rayonnement atomique. La centrale japonaise de Fukushima fait très bien l’affaire pour nous représenter l’enfer, avec ses radiations et ses doses croissantes de césium 134 et 137, et d’iode 131 qui fusent sans compter des ruines fumantes des réacteurs, et polluent sans espoir de retour la mer et ses poissons, et les salades environnantes. Les pauvres japonais commencent dans leurs camps de réfugiés à vivre l’enfer.

Les Enfers sont séparés du royaume des vivants par plusieurs fleuves, le Styx, et l’Achéron. Pourvu que les morts aient été enterrés selon les règles: seul ceux qui ont été mis dans une tombe ont le droit de passer avec Charon sur l'autre rive. Charon, ou le passeur, les leur fait traverser dans sa barque, moyennant une obole symbolique (ce qui explique la coutume mortuaire voulant que l’on glisse une pièce dans la bouche des morts). Ces fleuves ont des affluents : le Phlégéthon, le Cocyte et le Léthé.

Le Styx est le fleuve le plus connu des Enfers qui donne l’immortalité. Styx était une nymphe, fille de Téthys et d’Océan. Pallas, fils de Crios en tomba amoureux. Elle lui donna pour enfants Zélos (le Zèle), Cratos (la Puissance), Bia (la Force) et Niké (la Victoire). Vous remarquez au passage que l’on a tort de se moquer du langage des banlieues, et que Niquer sa mère a de nobles origines, puisqu’il s’agit de se « frotter » en quelque sorte, à la nymphe Victoire !

il y a toujours un satyre pour courir derrière une nymphe !
La légende veut qu’Achille, héros mythique de la guerre de Troie ait été trempé à sa naissance dans le fleuve par sa mère Thétis. Ceci l’aurait alors rendu invincible, sauf au niveau du talon, avec lequel sa mère le tint quand elle le trempa dans l’eau du Styx. Le Styx est aussi le fleuve de la haine mortelle.

Achéron était le fils du Soleil et de la Terre. Il fut changé en fleuve par punition, car il avait fourni de l’eau aux Titans durant la guerre qui opposa ces derniers aux Olympiens. Il prend sa source en Laconie et disparait dans les environs du cap Ténare, réputé pour être l’une des entrées infernales. On devait le traverser, sur la barque de Charon, afin d’accéder aux Enfers, et après être passé sur l’autre rive, le retour n’était plus possible. Il est représenté sous la forme d’un vieillard portant un vêtement trempé dont l’un des attributs est le hibou. L’Achéron, profond et noir fleuve de la douleur, dont les eaux coulent en partie à la surface, empoisonne les mortels qui voudraient boire son eau.

Le Cocyte est un affluent de l’Achéron. C’est sur ses rives que doivent attendre les âmes privées de sépulture avant de comparaître devant les juges qui statueront sur leur sort définitif. C’est un fleuve impétueux qui entoure le Tartare de ses eaux, et on dit que son cours est formé par les abondantes larmes versées par les âmes mauvaises en repentir. Non loin de ce fleuve, on trouve la Porte des Enfers, faite d’airain et maintenue en place par des gonds du même son d’eau.

Le Phlégéthon, tout comme le Cocyte, est un des affluents de l’Achéron. Ce fleuve auquel on attribue les qualités les plus nuisibles est constitué de flammes et entoure la Prison des Mauvais. Il est assez long et coule dans le sens inverse à celui du Cocyte.

Le fleuve Léthé (qui a donné le nom de léthargie)  est particulier : les âmes des Justes, quand elles jugeaient bon de quitter les Champs Élysées devaient en boire les eaux qui avaient la faculté d’effacer presque entièrement la mémoire de celui qui s’en abreuvait. Après cela, elles pouvaient repartir à la surface et intégrer un nouveau corps pour recommencer une vie humaine, vierge de tout souvenir. Le Léthé est aussi appelé « Fleuve de l’Oubli ».

Les Enfers sont traditionnellement situés à une extrême profondeur sous la Grèce et l’Italie. Ils sont limités par le Royaume de la Nuit. Mais les Grecs avaient tendance à le localiser à l'Ouest du monde. On concilia alors les deux idées en supposant que l'entrée se trouvait dans une localité à l'Ouest. Dans l'Iliade d'Homère, cette localité est à l'extrême occident, au-delà du fleuve Océan. Pendant l’Antiquité, Grecs et Romains s’accordaient sur le fait que toute anfractuosité ou caverne insondable devait mener aux Enfers (grottes de Cumes, cap Ténare au sud du Péloponnèse…). On peut, semble-t-il, accéder aux Enfers depuis le monde des vivants par plusieurs chemins ; des entrées se trouvent auprès de l’Averne, du Ténare, et au pays des Cimmériens.

Au musée des Augustins de Toulouse (que je fréquente assidûment), André Giroux (1801-1879) nous montre une entrée des grottes de la Cervara, catacombes de Rome, sur l’ancienne route de Tivoli, 1832. Le paysage terrestre italien est beau comme tout, il n’y a pas un seul lotissement et aucune pub, et on entre aux enfers comme si on allait chasser les papillons…erebia(e : au pluriel) !


 
À l’entrée des Enfers se tient le chien de garde à trois têtes, Cerbère, qui empêche tout mort d’en ressortir (seuls Héraclès, Psyché, Thésée, Orphée, et Énée ont réussi à en sortir et à revenir parmi les vivants. Ulysse quant à lui s’en approche dans l’épisode de la Nekyia. Et puis nous savons de quoi il retourne dans le premier film d'Harry Potter !

L’enfer décrit par la mythologie grecque est différent de celui dans la Bible (ainsi que dans de nombreuses autres religions) : L’Hadès (enfers grecs) est un lieu où toutes les âmes se retrouvent après la mort. Cependant, certaines sont punies éternellement, dans le Tartare, par des châtiments et tortures physiques et/ou psychologiques tandis que d’autres ont une existence plaisante, dans les Champs Élysées. De plus en plus, les Grecs ont différencié le destin des âmes en fonction de leurs mérites ou démérites respectifs, jusqu’à admettre que les âmes des justes s’envolent vers les astres, dans un monde supra-lunaire, éventuellement au terme d’un cycle de reproduction.

J’espère ne pas vous avoir trop déprimé devant cette fastidieuse évocation, des pires tourments qui nous guettent post mortem, poursuivant ceux j’espère moins douloureux que vous vivez au cours de votre existence terrestre,. Voilà pourquoi nous recherchons le bonheur : le bonheur consistant d’abord à éviter ces douloureuses échéances, et à se protéger des démons conçus pour nous torturer éternellement.

Toujours aux Augustins, je tombe en arrêt devant « le Cauchemar » d’Eugène Thivier (Paris 1845-1920), un marbre acquis en 1939. Il s’agit d’une superbe jeune femme nue, endormie. Mais ce n'est pas l'extase de sainte Thérèse ! Elle est torturée dans son sommeil par un affreux démon genre chauve-souris qui la griffe sauvagement. Elle vit l’enfer !



Moi, je l’aurais nommée Erebia


Je sais, je ne vous ai pas parlé des erebiae, les papillons de la  famille des Satyridae.
Il y en a des quantités, parfois difficiles à bien distinguer.
Les plus rares habitent comme souvent les montagnes.

Voici le plus courant, aethiops.
Vous voyez que derrière ses masques foncés, on ne voit de la mort que ses pupilles fixes.
La mort avance toujours masquée !

je sais, je vais être politiquement incorrect.
Aethiops en latin signifie : "nègre", du grec "au visage brûlé",
 Ethiopien quoi !