lundi 14 mars 2011

j'ai retrouvé polyxena

Polyxena, c'est Zerynthia polyxena, la Diane, le papillon qui m'a fait venir en Arles (où sont les Alyscamps et justement Diane !). J'ai recommencé de numériser mes diapos, et cette fois-ci, nous sommes au printemps 1980. Cela fait quatre ans que nous habitons Arles, et il nous reste des papillons à découvrir, la preuve !

Nous sommes au printemps, un peu comme maintenant, il pleut souvent, et (mon assistant et moi) allons à Mas-Thibert aussi souvent que possible, car polyxena est réputée comme très localisée : pour découvrir les stations, il faut systématiquement chercher les Aristoloches. Les dites stations sont (nous a-t-on raconté lors de notre séjour montalbanais) sur les digues du Rhône. Alors nous les parcourons systématiquement : c'est facile, il n'y a qu'un petit chemin au centre, et de part et d'autre on domine le paysage, repérant facilement la végétation.



Une fois les aristoloches repérées, on peut toujours rêver de voir le papillon voler. Il suffit d'être là au bon moment ce qui n'est pas toujours facile ! Mais ce jour là....




Yes ! Il vole, oh très peu, de tout petits parcours de pause en pause. Comme toujours, les messieurs font la cour aux dames....!


les amours se cachant sous les brindilles, ne sont pas faciles à photographier avec un appareil des années 1980, argentique, muni de seulement 36 diapositives que je ne puis projeter qu'en juin 1980 !


avec un peu de chance, en revenant la semaine suivante, on trouve les oeufs sur les graminées, tout près de la plante nourricière.



et les semaines suivantes, les petites chenilles dévorent les feuilles de leur plante-hôte, dont on distingue bien les fleurs caractéristiques !


A quoi tient la présence de Diane en Arles ?

aux Aristoloches bien sûr ! voilà pourquoi "de mon temps"
on n'entretenait pas les digues au Rhône
pour ne pas la déranger  !

depuis bien sûr le principe de précaution a conduit à recouvrir ces petits paradis de quelques tonnes d'enrochements. Lors des expertises ayant suivi les inondations (beaucoup plus au nord) dues aux crues du Rhône, je n'ai pas osé me faire l'avocat de Diane...J'ignore si les aristoloches ont survécu à ces travaux, au demeurant bien  légitimes. Et si en ce moment, ça commence à voler (et à batifoler) à Mas-Thibert ?

lundi 7 mars 2011

j'ai retrouvé Antiopa (5è partie)

J'ai retrouvé mes photos de chenilles d'Antiopa. D'abord le biotope, les rives de la Garonne, encombrées de Salix viminalis, le saule blanc aux longues feuilles lancéolées, au vert argenté.


Cette fois, tout se passe en l'air : il faut repérer chaque cime, à la recherche d'une attaque des chenilles qui en dévorant les feuilles, vont laisser une trouée très identifiable.



Ce sont elles ! la branche ploie sous le nombre, elles vivent en tribu les unes sur les autres !





C'est avant le départ qu'il faut fouiller le sommet du saule, pour retrouver la ponte initiale



Après l'ingestion d'une quantité phénoménale de feuilles, la colonie escalade les parois de la cage, pour se fixer sous la vitre



Il suffit maintenant d'attendre l'éclosion. Ca s'est passé deux fois, deux fois dans notre chambre, les papillons attirés par la lumière se posant sur les rideaux, laissant chacun une goutte de sang au bout de l'abdomen.

Bonjour les rideaux, et bonne lessive !



j'ai retrouvé rumina !

En cette période de froid ensoleillé, cela fait du bien de retrouver les été oubliés des vieilles diapositives













Nous séjournons au camping de Guillestre, et nous aventurons dans les versants de la vallée de la Durance.


les pierriers hébergent des touffes d'aristolochia pistolochia, et il faut parcourir chacune systématiquement : c'est la saison des chenilles ! Dans ce beau bouquet, il faut en trouver quatre !




elles se cachent aussi sous les feuilles qu'il faut retourner une à une !

L'année suivante, la chrysalide (qui a fait la pirouette que je vous ai déjà décrite) éclora, tôt dans l'année, bien avant les vacances d'été, et donnera ce joli imago


Les chasseurs ne sont jamais satisfaits : ils aimeraient réunir toutes les variantes possibles, et c'est en Espagne et en Afrique du nord  qu'on peut trouver le plus de variations :


mais l'aberration la plus spectaculaire vit(vait) en Provence, près de Digne : Dany Lartigue écrit une très jolie nouvelle dans son livre "les extravagantes aventures des chasseurs de papillons" : la découverte du docteur Simon-Jude Honnorat né au Haut-Villard, commune d'Allos le 3 avril 1783, décédé en 1852. Après avoir étudié la médecine à Grenoble, puis à Paris, Simon- Jude Honnorat s'établit en 1808 à Digne qu'il ne devait plus quitter. Médecin, botaniste, naturaliste, philologue et écrivain, Simon-Jude Honnorat est le fondateur en 1838 des Annales des Basses-Alpes où il publie de nombreuses études, et un monumental Dictionnaire provençal-français, publié en 1840. C'est lui qui identifie un Thaïs vivant sur la montagne du Cousson, qu'il nomma naturellement Thaïs Honoratii. Pillé par les collectionneurs, le biotope transformé en lotissement, cette aberration très localisée a disparu en 1991.
Henri Descimon, professeur à l' Université de Provence, laboratoire de Systématique évolutive, 3 place Victor Hugo, 13331 Marseille, FRANCE a  établi en 2001 que cette aberration était vraisemblablement due à une mutation récessive, et qu'elle subsiste à une faible fréquence dans les populations des Alpes-de-Haute-Provence, masquée par son correspondant dominant. On peut donc rêver ... d'en redécouvrir une ?




Dans ces litho anciennes, on voit bien les plaques jaunes envahies de rouge.




et l'ordinateur peut beaucoup de choses : voici modifié avec photoshop ce que donne une véritable honnnoratii de synthèse !




vendredi 4 mars 2011

j'ai retrouvé nos bébés !

Les enfants suivaient bien entendu, et n'en perdaient pas une miette ! Comme ils avaient un an (que dis-je : douze mois presque jour pour jour, le premier le six février, le second le 14 février, jour de la Saint-Valentin, belle programmation non ?) de différence, on les prenait pour des jumeaux.

Au camping, toujours, ils avaient été pris la main dans le sac (de bonbons), leur culpabilité est évidente. Les pauvres !

mais quelles belles ballades dans les prés fleuris !


et "la gloire de mon père" avec ces branches pleines de chenilles d'Antiopa !


j'ai retrouvé l'auteur !


Toujours ces vieilles diapositives, quels drôles de souvenirs elles évoquent ! Toutes ces vacances consacrées à la chasse. Nous sommes à Notre Dame de Clousis, à la recherche de Euphydrias cynthia, dont le mâle a la couleur blanche des glaciers. J'ai la montre Marvin offerte par ma grand-mère pour ma communion, et que porte aujourd'hui religieusement Vincent après l'avoir faite réparer par son horloger spécialisé de Paris. A la ceinture une "banane" dont la mode n'existait pas encore. Le filet est de véritable étamine avec un manche en bambou comme il n'en existe plus. Sur la tête un serre-tête de tennis. La photo (argentique) est d'Anne naturellement.
















D'autres vacances, toujours consacrées aux papillons. Nous faisons du camping, bien entendu, et la table pliante en est la preuve. Après la chasse de la journée, le soir est consacré à l'étalage : on ouvre la boite de Newman, dans le bocal ouvert on distingue la feuille de journal destinée à recueillir l'humidité dégagée par les feuilles de laurier coupées en morceaux. On dégage les papillottes, on sort le papillon replié, on souffle sur les ailes, elles doivent s'ouvrir si le papillon est resté bien frais. Elles s'ouvrent...!

Et on étale, on étale, on étale, chacun ayant son épingle ad hoc du diamètre approprié à la grosseur du corps, une boite transparente par numéro d'épingle. Un grand classeur conserve les bandes de papier d'étalage, découpé en lanières de largeur différente dans du papier "cristal" servant à recouvrir les pots de confiture.


On voit bien les flacons à cyanure avec dedans une écaille, tout cela avant que je pique chaque papillon avec de l'ammoniaque pur quand il est "raide". Les étaloirs sont en balsa fabrication maison, je les ai toujours. La trousse de dissection date de la prépa. Le coffret en carton héberge les lots d'épingles. Et la pellicule Kodak est vraiment d'époque : on ne prenait alors que 36 photos à la fois, et Dieu sait si on les économisait. Le résultat n'était connu que trois semaines après...le retour des vacances ! Au moment précis où l'on sortait les papillons de leur étaloir, pour les mettre soigneusement en boites !




Nous sommes vraiment dans un autre monde !

La pirouette de Thaïs

Une pirouette en patinage artistique consiste en une rotation de plusieurs révolutions sur un point. La patineuse tourne sur le premier tiers de la lame à l'endroit de la « boule », la section la plus courbe. Il existe trois positions de base dans les pirouettes de patinage artistique : debout, assise et allongée (arabesque).

Nous resterons debout.

Je vous ai déjà parlé des pirouettes de la chrysalide des Thaïs au moment de la dernière mue : la chenille commence comme Machaon à fabriquer un coussin sur lequel elle s’accroche les pieds. Puis elle s’encorde autour du torse en laissant le brin assez lâche. La dernière peau de la chenille se fend, se recroqueville, s’accroche sur le coussin des pieds, laissant la jeune chrysalide encordée lâchement comme était la chenille.

C’est ensuite que la chrysalide se ploie par le milieu, et va chercher avec l’apex de sa tête la corde qui la tenait par le torse. Quelques mouvements de rotation, des révolutions, des pirouettes, et les deux brins rapprochés de la corde s’enroulent sur le sommet de la tête, rétrécissent, jusqu’à ce que la chrysalide se  rapproche du support. Elle est ainsi (doublement) bien amarrée et peut résister aux secousses les plus violentes !

Voici les diapositives retrouvées de ces pirouettes des Thaïs.


la chenille s'attache
la peau tombée, la corde reste en place. A gauche, un amarrage raté.



avant la pirouette
après rotation, la double corde s'est enroulée sur l'apex


la tête est ainsi rapprochée du support. Peu avant l'éclosion, on devine
les ailes par transparence (cliquer pour grossir)



mercredi 2 mars 2011

les métis de Blanchard

36 ans plus tard :
Les hybrides Machaon-Asterias de R.Blanchard

Notre époque est extraordinaire : l’avancée de la technologie est telle qu’on nous propose des appareils, dont on n’aurait jamais osé imaginer l’existence !

Exemple : j’ai comme chacun des gens de mon âge, une collection de diapositives soigneusement rangées, après plusieurs déménagements successifs au cours des quarante dernières années. Une fois par an ou moins encore, profitant de la présence des petits-enfants, on ressort l’écran replié (et coincé) dans sa carcasse de fer. Le projecteur en espérant que la mise au point automatique n’a pas été abimée par l’humidité (ça y est : l’ampoule éclate dès la mise en route !). Il faut acheter (en Allemagne) un projecteur d’occasion pour, avec le même modèle quand on l’a déniché, en remonter un entier qui fonctionne. On recherche les diapo qui peuvent intéresser les ados : celle de leur parents au même âge. Mais évidemment, ce sont justement celles-là que l’on cherche partout : où sont-elles bien rangées …. ?
 le flacon de pamplemousse à la main, déjà on pose sur un piedestal.
Tel père, tels fils...
Et bien Darty, oui Darty, vient de me délivrer de ces angoisses : il vend un scanner qui non seulement photocopie des feuilles A4, mais scanne les diapositives ! Oh c’est toute une aventure : il faut bien entendu disposer des diapos. Il faut mettre un cache sur la vitre. Y poser (endroit ou envers ?) les diapo quatre par quatre. Actionner la commande numérique. Et attendre que Darty vous sorte une à une vos photos après maints clics, soupirs, et bruits bizarres. Et puis il faut démonter les diapo, quatre à la fois, en remettre quatre, ranger les scannées, et recommencer.

Mais ce qui est extraordinaire, c’est que transformées en numérique au format .jpg, on peut (je répète que cela se passe quarante ans après) recadrer des images autrefois décalées ; tripoter la luminosité ; le contraste ; même la couleur ; redresser les images pas verticales grâce à photoshop degré par degré….donc magnifier les images d’autrefois.

C’est le même principe que le thème favori des bouquins de science-fiction : on est atteint d’une grave maladie. On se fait congeler. Et quand plus tard (quarante ans après) la science sait guérir la dite maladie, on vous décongèle et vous guérit. Et bien mes diapos viennent de vivre cette guérison.

Et je redécouvre mes vieilles photos de papillons. Et des photos de biotopes disparus forcément à cause de l’évolution. Et comme je lis en ce moment « l’extravagante aventure des chasseurs de papillons » de Dany Lartigue (la maison des papillons, ville de Saint-Tropez) que j’ai acheté fin 2010 chez Deyrolles, je puis participer aux récits de Dany en revivant mes propres aventures !

Je retrouve les dates facilement, puisque à l’époque Kodak inscrivait en creux dans le carton la date de tirage des diapos. Nous sommes donc en juillet 1975. C’est l’été, et Robert Blanchard élève ses Machaons de la première génération sur ses ombelles de fenouil, dans son laboratoire personnel de Cahors. C’est la dernière année de notre vie à Montauban, avant qu’à la fin de l’année je postule pour Arles que je rejoindrai en mars 1976. Robert Blanchard a une âme de scientifique, et, professeur de mathématiques, adore jouer avec les lois de Mendel quand il fait des croisements entre espèces. Il a j’ignore comment réussi à se faire envoyer des chrysalides du Machaon américain, Papilio polyxenes asterias, autrement dit le black swallowtail, le « queue d’hirondelles noir ». Et il l’élève à Cahors. Il a bien des soucis, car j’ignore la biologie précise de cet immigrant. Mais je me souviens très bien qu’il aime la citronnelle, et que Blanchard n’a d’autre solution que de pulvériser de la liqueur de citron sur ses feuilles de fenouil. Et que notre américain s’en satisfait, et que ses chenilles (qui ressemblent à celles de notre Machaon) mangent très correctement.


Le but est de mener en parallèle un élevage conventionnel de Machaon européen (on pourrait même préciser lotois). Et d’appareiller des mâles américains avec des femelles lotoises. Et vice et versa. Le but étant de voir la tête des métis de l’automne pour la seconde génération de 1976. Puis en croisant un mâle dit F1 du printemps 1977, avec une femelle également F1 pour créer F2 et ainsi de suite. Les papillons volent dans de grandes cages ensoleillées, et l’attraction des dames agit sur les messieurs. Ma fois il s’agit bien de la même espèce puisque la fécondation a lieu, que les femelles pondent et que des chenilles hybrides en sortent, mangeant leur fenouil toujours plus ou moins citronné. Il s’agit bien d’un métissage, et d’observer comment le noir de l’américain s’accommode du jaune européen, et se dilue ou pas dans le temps, à moins que l’une ou l’autre des couleurs se superpose, marquant un éventuel caractère dominant ou récessif pourquoi pas ? ? Tout cela est très sérieux car évidemment on pense aux humains dans cette aventure, et jouer avec la génétique à une époque où on ne pense même pas aux Organismes génétiquement Modifiés est déjà précurseur. Noir supérieur au jaune ; jaune supérieur au noir ?  ou égal ? that is the question !

Justement nous sommes au début de cette expérience et voici les photos retrouvées. Le noir et le jaune se sont répartis avec symétrie, la nature a refusé de départager les parties.  Le résultat est magnifique (pour les humains que nous sommes) : tous égaux ! tous ensemble comme dans les manifs altermondialistes. Merci les papillons ! !





Mais il y a une suite : Papillon est un film américain réalisé par Franklin J. Schaffner, sorti en 1973 avec les acteurs Steve McQueen et Dustin Hoffman. Ce film est une adaptation du roman autobiographique Papillon d'Henri Charrière. Il semble néanmoins que Charrière se soit attribué les anecdotes et les péripéties de différents bagnards dont Charles Brunier.

Ainsi, le film raconte les péripéties et les tentatives d'évasions du bagne de Cayenne d'un détenu surnommé "Papillon".

Papillon a été condamné au bagne pour un meurtre dont il est innocent. Au début surtout, le film dénonce l'erreur judiciaire et les conditions inhumaines du bagne, les châtiments qui y sont appliqués. Ensuite, c'est surtout l'aventure qui domine, avec de spectaculaires évasions. Certaines scènes renvoient à la thématique de la tragédie de l'Homme face à ses propres conditions. Le sens de la vie pour un détenu innocent devient l'obsession d'une évasion aventurière.

Ceci est la transcription de wikipedia, reprise telle quelle, mais il y manque l’essentiel. Il faut en effet que je cite un breton extraordinaire : Eugène le Moult. Nous sommes dans les années 1910, et le bagne de Cayenne est en plein fonctionnement (fondé en 1852, il fermera en 1946) Eugène Le Moult, né le 31 décembre 1882 à Quimper, est devenu naturaliste. Il vit en Guyane où il finit par devenir adjoint au directeur du bagne. Il a une idée géniale : faire chasser les morphos par les bagnards. Cela les occupe, eux, et lui permet à lui de découvrir de nouvelles espèces. Plus tard, rentré en France, il recevra ainsi des quantités d’exemplaires de papillons qui alimenteront son cabinet d’entomologie, lui permettant d’exercer une activité de marchand très lucrative rue Duméril à Paris. Il publie plusieurs ouvrages dont Mes Chasses aux Papillons (1955) où il relate ses activités en Guyane et Les Morphos d'Amérique du Sud et Centrale (1962-1963), en collaboration avec Pierre Réal. Mais surtout il va publier une édition française de l'ouvrage d'Adalbert Seitz (1860-1938) sous le titre Les Macrolépidoptères du globe en 16 volumes et 4 suppléments.

On devine que les bagnard ne manquent pas d’idées ! Ils ont compris que les (riches) collectionneurs européens achètent leurs morphos comme des bijoux, et que plus le papillon est rare, plus il vaudra cher ! Or le maximum de rareté d’un papillon est un organisme modifié, par exemple un gynandromorphe, mâle d’un côté, et femelle de l’autre ! On sait maintenant qu’on possède tous un côté masculin, et un autre féminin. Ce genre de monstre existe dans la nature, mais est évidemment rarissime.

Et dans le livre papillon, on sait que Papillon fabrique un gynandromorphe de morpho, un mâle aux ailes bleu métallique d’un côté. Et une demi-femelle de l’autre. On sait que les femelles de Morpho sont plus grandes que le mâle, d’un brun mat. Et que la juxtaposition des deux côtés est ex-tra-ordi-naire. Et que le bagnard Papillon, ne trouve en réalité pas un vrai gynandromorphe, mais le fabrique en collant deux moitiés l’une à l’autre. Cela ne doit pas échapper à un vrai scientifique muni d’une grosse loupe binoculaire comme le Moult, mais on peut toujours essayer auprès d’un richissime client (un peu myope) !

Robert Blanchard poursuit ses travaux à Cahors, et vit l’aventure entomologique de sa vie sur place, vaporisateur de citronnelle à la main. Ses américains ont pris la nationalité lotoise, et ses lotois ne pensent qu’au badinage, émoustillés par le métissage avec leurs cousins retrouvés, et prêts à s’essayer au noir. Les générations se succèdent, et la nature sourit dans sa barbe, toujours prête à un bon canular. Les gênes se démultiplient, et de temps en temps, la nature foire, toujours prête à tenter une (r)évolution. Dans cette histoire entre jaune et noir, où Robert a fait jouer la liberté (d'entreprendre), puis la fraternité (franco-américaine), elle a jusque là soigneusement entretenu l’égalité, et puis elle se prend les pieds dans le tapis, et coince à force de trop vouloir bien faire.

Et un matin, Robert se lève, observe une chrysalide en train d’éclore. Il en sort un individu extraordinaire : ce que Papillon avait tenté, la nature le réalise : le gynandromorphe parfait, intact, tout frais. Mais mieux, il est si l’on peut dire au deuxième degré.

En voici la photo retrouvée, aussi nette que le papillon lui-même. Il est merveilleusement symétrique, noir américain à gauche ; jaune européen à droite. Première anomalie.

Et il est femelle à gauche ; et mâle à droite. Un vrai gynandromorphe. Seconde particularité.




Trente six ans plus tard, merci Darty !

j'ai récupéré quelques autres merveilles, et vais les incorporer peu à peu à mes petites histoires...