samedi 2 avril 2011

La lengua de las mariposas



En hommage à Roger & Micheline,
 instituteurs de campagne, dans les années... 1945...

C’est un film espagnol de José Luis Cuerda, sorti en 2000, sur un scénario de Rafael Azcona, d’après trois nouvelles de Manuel Rivas.

Nous sommes en 1936,  à la fin de l’hiver, dans un petit village de Galice. Moncho vient d’avoir huit ans et il va pour la première fois à l’école. Il aurait du commencer l’année scolaire avec les autres, en septembre, mais son asthme a retardé l’échéance. L’école, il en a une trouille bleue : on lui a raconté que les maîtres battent les enfants. Et d’ailleurs, le premier jour, il s’enfuit terrorisé, et passe la nuit dans la montagne avant de rentrer à la maison plus mort que vif.

Il faudra que son maitre d’école, Don Gregorio,  vienne le chercher en personne chez lui. Et à son arrivée en classe, Moncho sera accueilli par des applaudissements : de quoi lui faire oublier ses craintes, et lui donner un moral d’enfer pour commencer à apprendre.

Avec don Gregorio, apprendre est un plaisir, une espèce de grande aventure. Le vieux maitre a la sagesse chaleureuse et le savoir gai, transmettant avec gourmandise aux mômes des connaissances aussi fondamentales que peu académiques : l’origine américaine de la pomme de terre, les manières courtoises du ptilonorynque, et pourquoi les papillons ont la langue enroulée comme un ressort de montre…la lengua de las mariposas…

Il leur fait lire des poésies à haute voix et leur apprend en passant ce qu’est l’honnêteté quand il refuse les cadeaux d’un notable local qui voudrait un traitement de faveur pour son rejeton.

Le printemps venu, Don Gregorio trimballe son petit monde dans les champs : l’observation de la nature est bien plus formatrice que n’importe quel cours magistral. Bref, c’est un professeur de vie, avec qui Moncho tisse une relation tendre et profonde, partie pour durer toujours.

Hélas le monde a son mot à dire. En ce mois de juillet 1936, les nouvelles ne sont pas bonnes : une ère nouvelle s’annonce, qui balaie d’un coup de botte toutes les valeurs humanistes inculquées par un vieux maitre d’école idéaliste…

Je tire ce commentaire de la gazette Utopia n° 175 du 6 avril au 10 mai 2011, que je trouve chez Francis Fernandez, mon kiné préféré, qui pratique la méthode Mézières apprise autrefois dans le Gers auprès de Mademoiselle herself, et qui est d’origine espagnole comme l'indique son nom évidemment.


Dans les années 1947, à la Vieux-Rue petite commune de Seine-Inférieure comme on l’appelait alors, j’ai des souvenirs communs avec Moncho. Papa et maman me faisaient l’école, on apprenait « my taylor is rich » sur un magnétophone. Le piano, le théâtre et la danse sur fonds de « Beau Danube bleu », faisaient partie de nos humanités. Papa cultivait deux jardins dont il ornait les allées en briques de bordures d'oeillets blancs dont je me souviens encore de l'odeur. Il me faisait tremper les jeunes poireaux dans la bouse de vache ramassée dans la rue avant de les mettre en terre, et élevait Machaon dont on trouvait les chenilles sur les carottes. Il nous concoctait tous les ans une grande journée papillons, dont le clou était une présentation d’espèces naturalisées ouverte aux habitants de la commune extasiés de merveilles qu'ils n'auraient jamais eu l'idée d'observer dans la nature auparavant. Le dimanche je servais la messe du curé qui s’appelait Frelon, je vous assure que c’était son vrai nom. Il y avait un sénateur qui s’appelait Pit, mais je vous rassure son prénom n’était pas Brad. Papa nous apprenait la géologie, dans des bouquins niveau seconde d’aujourd’hui. Au certificat d’études d’alors, les premiers étaient du niveau troisième d’aujourd’hui, mais l’objectif était d’intégrer le Lycée Corneille de Rouen en 6ème latin pour les déclinaisons. Et dans la foulée d'apprendre l'allemand qui se décline aussi, et n'est donc pas plus difficile que le latin, natürlich. L’allemand étant plus compliqué, ce serait un plaisir d’apprendre l’anglais en seconde langue puisque l'anglais ne se décline pas : il faut toujours se coltiner d’abord les emmerdements maxi. Entrer le premier chez le dentiste par exemple. Ensuite, on n’oublie plus cela de toute sa vie !

Et alors ?

La lengua de las mariposas ?

Il faut savoir que les pièces buccales des papillons sont transformées en trompe, enroulée en spirale pour aspirer le nectar. La trompe est formée par les galeas des maxilles qui sont fortement allongées et reliées entre elles par deux coaptations : l’antérieure formée de soies et la postérieure formée de crochets qui les solidarisent fortement, formant ainsi un canal qui permet l’aspiration du nectar. Toutes les autres pièces buccales sont atrophiées ou absentes, à l’exception des palpes labiaux qui protègent la trompe lorsqu’elle est enroulée au repos.


 La trompe des papillons est un outil de haute précision qui cumule les prouesses techniques.

Au repos, elle reste enroulée en spirale comme un ressort de montre, sous l'effet d'une lame élastique qui court tout au long de sa paroi supérieure. Une succession d'anneaux de chitine - substance très résistante - maintient la canalisation béante quelle que soit sa courbure.

Lorsque le papillon veut se nourrir, il contracte une série de plusieurs centaines de minuscules muscles obliques, situés dans l'épaisseur de la trompe, dont ils provoquent le déroulement. Au premier tiers de la longueur, des muscles spéciaux coudent la trompe vers le bas. Cette articulation souple favorise en particulier la recherche du nectar dans les corolles les plus étroites et les plus profondes. Sans même avoir à baisser la tête, le papillon déplace sa trompe pour explorer tous les recoins des fleurs qu'il visite. Dans la tête de l'insecte, une sorte de poire peut se dilater sous l'action de muscles puissants. Elle fait office d'aspirateur. Les papillons de jour se posent sur les corolles. Grâce à des organes gustatifs très sensibles situés au bout de leurs pattes, ils savent immédiatement s'il y a lieu de déployer leur encombrant attirail d'aspiration.

Voici à quoi cela ressemble pour un papillon de jour :

Apatura iris arbore une trompe jaune-pompier assortie à ses reflets bleus

Chez certains Sphinx, la trompe est « calculée » (Darwin nous dit que c’est en réalité l’évolution qui a permis cette coïncidence) pour être « un poil » plus longue que la corolle de la fleur nourricière. Par exemple Convolvuli est le sphinx gris du liseron. Les beaux soirs d’été quand vous avez chassé les moustiques de la table dehors où vous avez préparé le repas, vous le voyez arriver, fusée grise aux ailes postérieures roses, qui fait du sur-place comme un hélicoptère. Sauf que ses ailes battent à toute vitesse comme un colibri, et ne tournent pas autour d’un axe. A cette vitesse, vous distinguez le corps marqué de triangles roses de part et d’autre, et vous ne voyez rien des ailes tellement elles battent vite. Mais quand convolvuli a repéré une fleur de liseron, voyez comme il se déplace souvent latéralement. Et pile en face de la corolle, il déploie sa trompe qui ressemble un peu aux tuyaux des Mirage qui font du ravitaillement en vol avant d’attaquer les chars de Kadhafi. Attendez, ce n’est pas de la rigolade : la trompe mesure 12 cm, autant que l’envergure de "l’avion" ! Et il aspire le nectar placé au fond, une corolle de liseron étant vous le savez plutôt profonde. On pourrait prononcer le terme, s’il n’avait pas été galvaudé par les films X, de : « Gorge profonde… » Tout cela avec une trompe… d’éléphant. Je vous ai déjà montré la trompe en question repliée dans l’étui de la chrysalide.


Donc vous voyez, il n’y a pas que les éléphants….

Qui trompent énormément !

ravitaillement en vol

Ce convolvuli est un fainéant+"morfal" : il a préféré foncer (au plus profond) de la gorge (profonde)
du liseron
sans déployer sa trompe !

il y a toujours des petits futés pour contourner la règle !

vendredi 1 avril 2011

Erebia


L’Erebe, une contrée infernale… !


si vous agrandissez la photo, vous pourez lire erebia styx à droite !


Il était temps que nous nous préoccupions un peu de ce sujet : l’enfer ! car nous le côtoyons souvent, il nous faut donc l’apprivoiser…au cas où, sait-on jamais ? Des papillons ont été nommés erebia, à cause de leurs couleurs sombres parsemées des yeux anonymes et vitreux des défunts…ils vont nous servir de prétexte à évoquer les ténèbres….


Nous sommes en Grèce, bien avant le redressement financier opéré par le FMI qui a recréé l’enfer (social) pour nombre de nos cousins grecs : fini les dépenses somptuaires, il faut juguler l’hémorragie financière !  Hermès  : assis sur un rocher, s’apprête à conduire une âme défunte dans les Enfers. Dans la mythologie grecque, les Enfers (au pluriel) désignent le royaume des morts. C’est un lieu souterrain où règne le dieu Hadès (du grec ancien Ἅιδης / Háidês), raison pour laquelle on parle souvent de royaume d’Hadès, ou Hadès tout court, ainsi que sa femme, Perséphone. Hadès grec, c’est Pluton romain. Lui, règne sur les Inferni.

Le royaume d’Hadès est l’endroit où toutes les psychai vont pour être jugées après la mort. Toutes les âmes sont retenues comme des ombres sans force ni sentiment, pure présence d’un passé à jamais aboli. Plusieurs séjours des morts sont distingués clairement selon les verdicts d’un jugement post-mortem, fondé sur les qualités et les défauts de chacun, devant un tribunal présidé par Minos, Éaque et Rhadamanthe.

Le premier qui nous intéresse ici est l'Érèbe, la région la plus proche de la surface. C’est ici que doivent attendre les âmes dont les corps n’ont pas été enterrés selon les rites, pour une période de cent ans. On y trouve également le palais de la nuit, qui n’a rien d’un dancing tropézien ; Cerbère, les Érinyes et la Mort.

Le second évoque un séjour cinq étoiles ; c’est les Champs Élysées. Appelé aussi "île des Bienheureux", Homère et Hésiode pensaient qu'elle était située dans le lointain Ouest au-delà des flots de l'Océan. Certains héros en faveur auprès des Dieux y étaient envoyés au lieu de mourir. Ils y jouissaient d'une entière et plaisante nouvelle vie. Dans la mythologie postérieure, on se représenta Elysée comme une partie des Enfers gouvernée par Rhadamanthe, (dont je vous ai déjà parlé puisque c’est un zygène dont la chenille vit sur le Dorycnium). C'est là que Virgile le situe dans le livre VI de l'Enéide ; pour lui, comme pour Platon, c'était le lieu où les âmes justes séjournaient temporairement avant d'être réincarnées. Il paraît que notre Elysée à nous français n’est pas le Palais des Plaisirs que l’on croit, et que l’on y travaille parfois très tard à soulager les souffrances de nos contemporains ?

Le Tartare est la région la plus profonde des Enfers, où quelques criminels mythiques célèbres reçoivent leur punition, telles les Danaïdes, Ixion, Sisyphe, Tantale, etc. On comprend mieux le nom du steack cru, avec ses œufs (crus), ses câpres et sa viande rouge moulinée au pressoir. C’est aussi la prison des dieux déchus comme les Titans et des Géants, et tous les anciens dieux qui s’étaient opposés aux Olympiens. Il s’agit du lieu où l’on expie ses fautes, où toutes les formes de torture physique ou psychologique sont représentées. À l’intérieur de sa triple enceinte d’airain, il renferme le palais d' Hadès. C’est une région aride, sans vie et monotone avec parfois des étangs glacés, des lacs de soufre ou de poix bouillante, où baignent les âmes malhonnêtes. L’endroit est entouré par des fleuves aux eaux boueuses, des marécages à l’odeur nauséabonde, qui forment un rempart pour que nulle âme n’échappe à sa peine. Aujourd’hui, on pourrait se représenter une espèce de Tchernobyl, où bouillonne encore pour des milliers d’années le rayonnement atomique. La centrale japonaise de Fukushima fait très bien l’affaire pour nous représenter l’enfer, avec ses radiations et ses doses croissantes de césium 134 et 137, et d’iode 131 qui fusent sans compter des ruines fumantes des réacteurs, et polluent sans espoir de retour la mer et ses poissons, et les salades environnantes. Les pauvres japonais commencent dans leurs camps de réfugiés à vivre l’enfer.

Les Enfers sont séparés du royaume des vivants par plusieurs fleuves, le Styx, et l’Achéron. Pourvu que les morts aient été enterrés selon les règles: seul ceux qui ont été mis dans une tombe ont le droit de passer avec Charon sur l'autre rive. Charon, ou le passeur, les leur fait traverser dans sa barque, moyennant une obole symbolique (ce qui explique la coutume mortuaire voulant que l’on glisse une pièce dans la bouche des morts). Ces fleuves ont des affluents : le Phlégéthon, le Cocyte et le Léthé.

Le Styx est le fleuve le plus connu des Enfers qui donne l’immortalité. Styx était une nymphe, fille de Téthys et d’Océan. Pallas, fils de Crios en tomba amoureux. Elle lui donna pour enfants Zélos (le Zèle), Cratos (la Puissance), Bia (la Force) et Niké (la Victoire). Vous remarquez au passage que l’on a tort de se moquer du langage des banlieues, et que Niquer sa mère a de nobles origines, puisqu’il s’agit de se « frotter » en quelque sorte, à la nymphe Victoire !

il y a toujours un satyre pour courir derrière une nymphe !
La légende veut qu’Achille, héros mythique de la guerre de Troie ait été trempé à sa naissance dans le fleuve par sa mère Thétis. Ceci l’aurait alors rendu invincible, sauf au niveau du talon, avec lequel sa mère le tint quand elle le trempa dans l’eau du Styx. Le Styx est aussi le fleuve de la haine mortelle.

Achéron était le fils du Soleil et de la Terre. Il fut changé en fleuve par punition, car il avait fourni de l’eau aux Titans durant la guerre qui opposa ces derniers aux Olympiens. Il prend sa source en Laconie et disparait dans les environs du cap Ténare, réputé pour être l’une des entrées infernales. On devait le traverser, sur la barque de Charon, afin d’accéder aux Enfers, et après être passé sur l’autre rive, le retour n’était plus possible. Il est représenté sous la forme d’un vieillard portant un vêtement trempé dont l’un des attributs est le hibou. L’Achéron, profond et noir fleuve de la douleur, dont les eaux coulent en partie à la surface, empoisonne les mortels qui voudraient boire son eau.

Le Cocyte est un affluent de l’Achéron. C’est sur ses rives que doivent attendre les âmes privées de sépulture avant de comparaître devant les juges qui statueront sur leur sort définitif. C’est un fleuve impétueux qui entoure le Tartare de ses eaux, et on dit que son cours est formé par les abondantes larmes versées par les âmes mauvaises en repentir. Non loin de ce fleuve, on trouve la Porte des Enfers, faite d’airain et maintenue en place par des gonds du même son d’eau.

Le Phlégéthon, tout comme le Cocyte, est un des affluents de l’Achéron. Ce fleuve auquel on attribue les qualités les plus nuisibles est constitué de flammes et entoure la Prison des Mauvais. Il est assez long et coule dans le sens inverse à celui du Cocyte.

Le fleuve Léthé (qui a donné le nom de léthargie)  est particulier : les âmes des Justes, quand elles jugeaient bon de quitter les Champs Élysées devaient en boire les eaux qui avaient la faculté d’effacer presque entièrement la mémoire de celui qui s’en abreuvait. Après cela, elles pouvaient repartir à la surface et intégrer un nouveau corps pour recommencer une vie humaine, vierge de tout souvenir. Le Léthé est aussi appelé « Fleuve de l’Oubli ».

Les Enfers sont traditionnellement situés à une extrême profondeur sous la Grèce et l’Italie. Ils sont limités par le Royaume de la Nuit. Mais les Grecs avaient tendance à le localiser à l'Ouest du monde. On concilia alors les deux idées en supposant que l'entrée se trouvait dans une localité à l'Ouest. Dans l'Iliade d'Homère, cette localité est à l'extrême occident, au-delà du fleuve Océan. Pendant l’Antiquité, Grecs et Romains s’accordaient sur le fait que toute anfractuosité ou caverne insondable devait mener aux Enfers (grottes de Cumes, cap Ténare au sud du Péloponnèse…). On peut, semble-t-il, accéder aux Enfers depuis le monde des vivants par plusieurs chemins ; des entrées se trouvent auprès de l’Averne, du Ténare, et au pays des Cimmériens.

Au musée des Augustins de Toulouse (que je fréquente assidûment), André Giroux (1801-1879) nous montre une entrée des grottes de la Cervara, catacombes de Rome, sur l’ancienne route de Tivoli, 1832. Le paysage terrestre italien est beau comme tout, il n’y a pas un seul lotissement et aucune pub, et on entre aux enfers comme si on allait chasser les papillons…erebia(e : au pluriel) !


 
À l’entrée des Enfers se tient le chien de garde à trois têtes, Cerbère, qui empêche tout mort d’en ressortir (seuls Héraclès, Psyché, Thésée, Orphée, et Énée ont réussi à en sortir et à revenir parmi les vivants. Ulysse quant à lui s’en approche dans l’épisode de la Nekyia. Et puis nous savons de quoi il retourne dans le premier film d'Harry Potter !

L’enfer décrit par la mythologie grecque est différent de celui dans la Bible (ainsi que dans de nombreuses autres religions) : L’Hadès (enfers grecs) est un lieu où toutes les âmes se retrouvent après la mort. Cependant, certaines sont punies éternellement, dans le Tartare, par des châtiments et tortures physiques et/ou psychologiques tandis que d’autres ont une existence plaisante, dans les Champs Élysées. De plus en plus, les Grecs ont différencié le destin des âmes en fonction de leurs mérites ou démérites respectifs, jusqu’à admettre que les âmes des justes s’envolent vers les astres, dans un monde supra-lunaire, éventuellement au terme d’un cycle de reproduction.

J’espère ne pas vous avoir trop déprimé devant cette fastidieuse évocation, des pires tourments qui nous guettent post mortem, poursuivant ceux j’espère moins douloureux que vous vivez au cours de votre existence terrestre,. Voilà pourquoi nous recherchons le bonheur : le bonheur consistant d’abord à éviter ces douloureuses échéances, et à se protéger des démons conçus pour nous torturer éternellement.

Toujours aux Augustins, je tombe en arrêt devant « le Cauchemar » d’Eugène Thivier (Paris 1845-1920), un marbre acquis en 1939. Il s’agit d’une superbe jeune femme nue, endormie. Mais ce n'est pas l'extase de sainte Thérèse ! Elle est torturée dans son sommeil par un affreux démon genre chauve-souris qui la griffe sauvagement. Elle vit l’enfer !



Moi, je l’aurais nommée Erebia


Je sais, je ne vous ai pas parlé des erebiae, les papillons de la  famille des Satyridae.
Il y en a des quantités, parfois difficiles à bien distinguer.
Les plus rares habitent comme souvent les montagnes.

Voici le plus courant, aethiops.
Vous voyez que derrière ses masques foncés, on ne voit de la mort que ses pupilles fixes.
La mort avance toujours masquée !

je sais, je vais être politiquement incorrect.
Aethiops en latin signifie : "nègre", du grec "au visage brûlé",
 Ethiopien quoi !

jeudi 31 mars 2011

Papilio latins


...pour l'union de la méditerranée…

Au stade où nous en sommes, je vous ai fait connaître tous les Papilio habitant le pourtour de la méditerranée. Précédant les vœux de notre Président, et amateur de l’Empire romain fondant son emprise sur la méditerranée, j’ai tenu au cours de ma vie de collectionneur à les réunir dans une petite boite Blanchard. J’en ai présenté certains de profil pour qu’on distingue bien la fameuse nervure manquante aux postérieures qui laisse ainsi le corps apparent. Tellement qu’une femelle de mnemosyne exhibe (on dit aujourd’hui ostensiblement) son sphragis.


Il y a les Thaïs, dont les chenilles vivent sur l’Aristoloche. Je vous ai parlé des deux vivant en France, mais Blanchard avait réussi à trouver lors d’un voyage Allancastria Cerisyi qui vit dans les Balkans,  Albanie, Grèce, Bulgarie, Iran et Irak. Il m’en a donné une que voici. Elles sont donc trois.


Il y a les Apollons et vous connaissez maintenant les quatre, Parnassius apollo orné de ses ocelles rouges, phoebus qu’on trouve dans les Alpes, mnemosyne, et Archon Apollinus.


Les Papilio stricto sensu sont aussi au nombre de quatre : Machaon et son frère Podalirius. Hospiton de Corse et Sardaigne qui en est la relique himalayenne. Et Alexanor.


Si d’aventure ma collection disparaissait un jour, à moins qu’elle aille au Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse (ce dont il faudrait que je me préoccupe pour autant que cela les intéresse), j’aimerais garder cette petite boite, parce qu’elle ne prend pas de place. Elle est fabriquée comme une pièce d’ébénisterie en vieux noyer du Lot, et elle rassemble mes chers Papilio latins. J'ai une pensée de plus pour Robert Blanchard....


Ces papillons là, aucun anglo-saxon ne peut espérer les avoir sinon élevés du moins étroitement côtoyés : il faut pour cela avoir notre culture, inculquée très jeune par l’apprentissage du grec et du latin, pourquoi pas dans un collège jésuite, il y a de cela des dizaines d'années.


Tourné vers l’Orient plus précisément vers le mont Olympe.....

Là où sont nos racines !


Colias, coliades


C’est à mourir de rire (mort de rire dit-on en langage sms : mdr). Je décide de dire quelques mots sur colias, et je tombe sur COLIAS : col (lectif) associatif scot pays de Rennes. Rennes Bretagne. Ca me rappelle des souvenirs. Ainsi donc des bretons écolo ont choisi comme acronyme COLIAS, un papillon, pour symboliser leur mouvement en faisant signer une pétition contre l’épandage du lisier de porc. Et contre le contournement du sud-est de Rennes par une autoroute de plus aux dépens des terrains agricoles qui sinon vont servir …de terrain d’épandage. On respire d’habiter dans le sud de la France où les porcs, que l’on mange volontiers d’ailleurs, proviennent de l’Ouest. Et où le seul fumier provient de vaches bien classiques qui servent à brouter les montagnes et prévenir les avalanches. Donc on tolère leur fumier parce qu’elles sont utiles à la nature.

Mon histoire comme toujours est véridique et je vous refile le lien pour que vous vérifiez :


Enfin j’ai compris à quoi servent les papillons : à illustrer des combats écolo contre la société productiviste. Remarquez, je m’en doutais un peu, et quand à la gare SNCF je prends les prospectus recouverts d’images de papillons, j’en déduis que nos amis lépidoptères servent d’alibi facile à tous ceux qui aimeraient que soit protégée la nature, alors même qu’ils n’en sont pas propriétaires et ne font pas grand chose de concret pour elle, sinon râler bien entendu. Les papillons prospectus sont toujours exotiques, et il est bien dommage que les publicitaires de la SNCF ne fassent pas de pub pour les papillons de chez nous mais une fois de plus, nos contemporains tombent à côté du sujet qu’ils pourraient promouvoir !

Ah j’oubliais, un SCOT vous connaissez c’est un schéma de cohérence territorial, et j’ai renoncé à y faire inclure des espaces préservés pour les papillons, mais ça ne coûte rien de persévérer après tout !

Si cela servait à préserver Colias !

Notre Colias le plus connu est fort opportunément nommé chez nous : « Le Souci ». Les Anglais disent Dark Clouded Yellow ou Common Clouded Yellow. Les allemands, Postillon ou Wander-Gelbling. Oranje luzernevlinder en néerlandais et Szlaczkoń siarecznik en polonais. Tout ça pour vous confirmer que les noms vernaculaires ne signifient pas grand chose, sauf une certaine mélancolie s’agissant de notre propre langue. Le véritable nom latin est Colias croceus, ce qui immanquablement nous fait nous interroger sur la place de la croix dans cette affaire ? Attention aux contre-sens : croceus signifie précisément de couleur safran, et décrit l’orange de notre Colias , pas autre chose, rien de religieux, restons laïcs tout de même !

toujours Jacob Hübner
Nous avons un autre Colias qui se nomme Hyale. Il n’y a pas d’homogénéité dans les noms des papillons car cette fois-ci, Hyale désigne une nymphe. Une nymphe de la suite de Diane. Quand elle fut aperçue dans le bain par Actéon, elle puisait de l’eau dans les urnes, pour la répandre sur la déesse.

En montagne, on trouve « le solitaire », colias palaeno. Je dois reprendre mon dico de latin ! Palor, aris, ari, intr, signifie errer ; aller ça et là. Vagi palantesque, c’est errants et dispersés. Palantia sidera, ce sont les astres errants.  Notre palaeno, c’est errant. Pas le juif errant, mais le colias errant. En montagne on l’entrevoit voler à toute vitesse en effet, errant sur les pelouses, escarpées propres à se fouler une cheville, on ne risque pas sauf chance extrême de l’attraper d’un coup de filet !

Les colias forment une famille très intéressante des piérides, qui vivent sur le choux, mais pas que. Nous avons déjà parlé des piérides avec Anthocaris, celui des cardamines et celui de la biscutelle. Il était temps d’aborder les Coliades qui sont des papillons superbes, avec des variations passionnantes pour le collectionneur.

Puisque je feuillette les dictionnaires, autant aller au bout. Colias est vous vous en seriez douté le surnom d’Aphrodite qui avait un temple sur le cap Colias en Attique. Aphrodite retrouvée, nous sommes sauvés !


Les Soucis ont un vol très rapide, désagréable pour le chasseur,  et ils se posent toujours ailes fermées, donc ne sont pas commodes à trouver. Leur envergure varie 35 à 50 mm avec un verso jaune orangé bordé de noir marqué d'une une noire sur l'aile antérieure. Le revers est jaune d'or avec des taches noires sur l'aile antérieure.

 Les œufs jaune clair qui deviennent roses éclosent vite et donnent des chenilles vertes à poils blanchâtres ornées d'une bande blanche à points orange et noirs sur le côté. L'été elles se chrysalident en un mois. La chrysalide est elle aussi vert vif avec une raie jaune.

toujours les diapo retrouvées !

 Le Souci, notre colias le plus courant, hiverne sous forme de chenille. Il vole d'avril à octobre en plusieurs générations.

 Les plantes hôtes de sa chenille sont des légumineuses, dont la luzerne et le trèfle.

 C'est un autochtone des régions tempérées du pourtour méditerranéen et un migrateur qui arrive au printemps dans le nord de l'Europe.

Le Souci est présent en Afrique du Nord, au Moyen-Orient jusqu'en Iran, dans toute l'Europe sauf le nord de la Scandinavie.

Je vous confie un secret : j’ai bien connu à Rennes un professeur de l’Ecole Nationale d’Agronomie de Rennes, l’ENSAR qui participe grandement à la renommée de la première ville de Bretagne. La semaine, il enseigne les mathématiques à la Grande Ecole d’agronomes. Le dimanche il joue de la harpe celtique avec ses enfants, célébrant la tradition de la musique celte. C’est un magnifique chasseur de papillons, et il parcourt toute la méditerranée au cours des vacances d’été pour rechercher les Colias en Turquie et dans les pays limitrophes. Il possède des tas d’espèces méditerranéennes, et des tas de variations géographiques. Je me souviens sa tristesse de voir les populations se raréfier au cours des années. L’ennemi n’était pour une fois pas les pesticides, mais le surpâturage : les troupeaux de chèvres et de moutons rasant les pelouses de légumineuses empêchaient les pauvres chenilles de colias de trouver leur pitance.

Une fois encore, comment préserver un équilibre entre les espèces dans une nature saturée ?

Nous n’avons qu’une planète, nous n’avons des pâturages qu’en quantité finie. Nous ne pourrons devenir réellement dix milliards d'humains qu’en nous empilant dans des tours comme à Dubaï.



J’écris ces lignes en pensant à mes petits enfants

pour qu'ils voient, au moins cette fois, des Colias

à la robe safran  !

Mnemosyne

"Ils" ont oublié de le peindre !

on voit bien que mnemosyne n'est pas fini, à côté de ses cousins sur-détaillés !

En langage vulgaire, c’est le semi-apollon, notre troisième après Parnassius apollo ; et phoebus que je vous ai déjà présentés. Vous vous rappelez comme j’étais fier de leurs soleils flamboyants dans les ailes postérieures ? et comme je cherchais l’apparition de taches rouges dans les ailes antérieures ? Et comme j’étais fasciné par les exemplaires himalayens décorés d’ocelles bleus, ou mieux encore bardés de larges plaques jaunes ?

J’avais décidé en mon for intérieur de zapper mnemosyne, et pourtant vous voyez je m’y mets. Quand on respecte l’œuvre de Linné, on ne peut décider par sa seule fantaisie de tirer un trait de plume sur une espèce tout entière, et mnemosyne ne mérite pas d’être reconduit à nos frontières même s’il n’est que semi.

Explication : je ne le kiffe pas trop car quand ils l’ont créé, là-haut, ils ont réussi une symétrie parfaite. Ils ont créé une ossature de nervures impeccable. Mais s’agissant de la décoration, ils ne se sont vraiment pas foulés : un coup de blanc mal fait, tellement qu’ils n’ont même pas peint l’extrémité des ailes qui reste transparente. Quant à la déco : nul, deux taches noires dans les ailes antérieures, mais rien de rien d'autre, même pas une seule ocelle rouge.

Et pourtant c’est un Apollon, par les mœurs de la chenille ; par la chrysalide dans un cocon lâche. Par l’absence de la nervure aux postérieures des Papilio. Par le sphragis des femelles fécondées. Il est un tout petit peu plus petit qu’Apollo. Et donc tout blanc. Comme le tableau de Malévitch : « carré blanc sur fonds blanc ». C’est un papillon pas fini, mais c’est aussi un papillon moderne.


Il est tellement blanc qu’en vol, je l’ai souvent confondu avec le Gazé, qui un peu comme lui a zappé la cabine de peinture. Le gazé n’a aucun rapport avec mnemosyne puisqu’il s’agit d’une piéride. Les chenilles vivent en communauté dans un filet de soie dans les haies d’aubépines. Mais en montagne, il a un vol battu caractéristique qui m’a fait le confondre cent fois avec le semi-apollon. Quelle déception quand on se rapproche, et que l’on comprend sa méprise, puisque les taches noires antérieures manquent !


L’histoire de son nom commence avec les Titans. Les douze titans.

Dans la mythologie grecque, les titans (Τιτάν - Ti-tan; pluriel : Τιτᾶνες - Ti-tânes) étaient une race de plusieurs dieux, descendants de Gaia (la Terre) et d’ Uranus, au cours de l’âge d’or.

Dans la première génération des douze, les garçons étaient Oceanus, Hyperion, Coeus, Cronus, Crius and Iapetus, et les filles Mnemosyne, Tethys, Theia, Phoebe, Rhea and Themis.
Vous voyez que Linné a puisé là-dedans quelques noms de papillons. Je vous passe la seconde génération de Titans puisqu’on a déjà identifié Mnemosyne, la déesse de la mémoire.


Vous ne serez pas étonné que Zeus la prenne comme maîtresse (j’ignore en qui il s’était déguisé pour parvenir à ses fins), et qu’il couche avec elle neuf nuits. Union réussie évidemment qui donnera neuf enfants, les Muses. Les Muses d’une manière générale président aux arts ; et chantent, renouvelant ainsi et entretenant la mémoire, leur mère.

Mnémosyne, coiffée du nœud pythagoricien, est associée à Léthé, l'oubli. Boire les eaux du fleuve Léthé c'est tout oublier de la vie humaine, ses violences, c’est mourir à un monde infernal pour renaître purifié. Comme je cherche la perfection, et que cette lecture peut vous préparer aux jeux des mille Euros sur France inter le midi, je vous refile le nom des neuf muses, pour vous re-faire découvrir la provenance du nom d’une célèbre voiture  Renault :

Clio, muse de l’histoire et maintenant baptisée « grande pour une petite » . Thalie de la comédie. Erato de l’élégie. Euterpe de la musique. Polhymnie de la posésie lyrique. Calliope de l’éloquence. Terpsichore de la danse. Uranie de l’astronomie évidemment. Et Melpomène de la tragédie. Le sarcophage des Muses (c. 160 avant notre ère) les représente au Musée du Louvre.

Elles demeuraient dans les montagnes, en particulier celles de l'Hélicon, en Béotie, et de Piérie, près de l'Olympe. Elles possèdent des voix si belles et leurs chants sont si beaux qu'un jour le mont Hélicon où elles résident se gonfla de plaisir au point d'atteindre le ciel. Pégase, d'un coup de sabot, fit jaillir la source Hippocrène pour qu'il revienne à sa forme initiale. Les Muses étaient associées à Apollon en tant que dieu de la Musique et des Arts. Elles dansaient avec lui et avec d'autres divinités, les Grâces et les Heures, lors des fêtes sur l'Olympe.

Vous savez tout, et vous devinez maintenant pourquoi Linné a choisi le nom de la mère des Muses pour nommer son semi-apollon qui n’a pas d’ocelles rouges mais mériterait d’en avoir. Il a cherché à illustrer le chant, la danse, et l’alliance des Muses avec Apollon lors de parties organisées le samedi soir tout autour du mont Olympe.

Je vous ai dit pourquoi je ne n’ai jamais attrapé beaucoup de mnemosyne. Vous avez vu plus haut ma toute petite boite, et vous l’aurez ainsi repéré dans les deux colonnes de gauche.


J’avais tort sans doute et ai failli tout faire rater ? J’avais en effet un devoir de mémoire s’agissant de ma collection, un devoir pour mes garçons si assidus lors des chasses de leurs dix ans. Et puis ces quelques notes sur mes amis papillons constituent un « exposé », scientifique sans doute pas,  littéraire en partie. S’il est  réalisé par un étudiant en fin de cycle universitaire, en France (la patrie où l’on parle le français), on appelle cela un master, l’étudiant peut devenir master, butterfly master !

Depuis le temps que j’y pense, il faut que je m’inscrive à la fac !


Quand on voit ce qui se passe en ce moment dans le monde, il y a d’autres devoirs de mémoire plus graves que tout cela : en voici un témoignage poignant, parmi tant d’autres, et encore on est dans les années 1920, après la première guerre mondiale, il y a donc près de cent ans….cent ans...!


Décidément, il ne fallait pas oublier mnemosyne…..



mardi 29 mars 2011

Gonepteryx cleopatra

Pressé comme un citron
Sauf en Provence !


Gonepteryx ça vous rappelle des souvenirs ? Apteryx par exemple. Non, pas Astérix, ça ne s’écrit pas pareil ! C’est grâce à ce fil conducteur de l’oiseau fossile, que j’ai fini par me souvenir que pteryx désignait les ailes en grec. Quant à gone, il suffit d’avoir quelques notions de géométrie, ou encore de réfléchir à nos racines gauloises, pour évidemment penser à l’hexagone. Les Gones, ce sont les gosses de la colline de la Croix Rousse à Lyon. Mais ce sont aussi les angles, ou encore les coins d’une figure en géométrie. Il y a donc des papillons qui ont une forme géométrique ? C’est le cas du citron, à cause de sa couleur citron, la boisson que l’on obtient en pressant le fruit acidulé. En pratique, il a des pointes caractéristiques aux ailes, et là encore les dessinateurs de l’au-delà ont joué à découper des « festons-gones », en partant d’une feuille de papier de forme rectangulaire. On s’en rend compte quand notre papillon est étalé réglementairement dans notre collection. C’est donc le papillon « dont les ailes-ont-des-coins ».

Le nerprun alaterne (Rhamnus alaternus L.), mais comme d’habitude il y a plein d’autres Rhamni (j’utilise i cette fois pour le pluriel, un rhamnus ; des rhamni) est un arbrisseau caractéristique des garrigues méditerranéennes. C'est l'un des divers représentants du genre Rhamnus, appartenant à la famille des Rhamnacées. Ses minuscules fleurs jaunâtres, dioïques, apparaissent au mois de mars, parfois avant. Ses fruits sont des baies d'abord rouges, puis noires à maturité.

Le nom vernaculaire « nerprun » correspond au latin populaire niger prunus, « prunier noir », évoquant la couleur des baies. D'étymologie obscure, le qualificatif alaternus désignait déjà la plante en latin, tout comme Rhamnus, d'origine grecque.

Gonepteryx rhamni, vous voyez, notre très "classique" papillon citron, si facilement observable dans les jardins, est donc une figure géométrique ailée, vivant sur les rhamnos (le génitif pluriel). Je l’aime beaucoup car comme beaucoup d’humains, et donc de fonctionnaires, il manifeste un tropisme marqué pour la Riviera.  Il y a comme ça des papillons qui vivent au nord de la Loire. Et puis il y en a d’autres, partant du même modèle, qui préfèrent le midi. Pourquoi sont-ils plus colorés ? Je l’ignore mais vous observerez que plus on va vers l’Equateur, plus les couleurs de nos insectes deviennent éclatantes. C’est le cas de notre citron, puisqu’à côté du modèle chti, blanc couleur frimas, il existe sa variante marseillaise ou niçoise, jaune orangé, couleur soleil. Comme l’aurore chti et l’aurore de provence. Qui sont l’une blanche ; l’autre d’un beau jaune.

 Il y a donc un citron du nord, et un citron du sud. Ce papillon justifie donc la mobilité des fonctionnaires du nord, pour choisir de vivre définitivement au sud où vivent les deux espèces (de citrons). C’est la solution  que nous avons décidé de retenir, car entre la cuisine au beurre et celle à l’huile, la seconde présente des avantages : vivre dehors, nager dans la piscine tout l’été, et boire du pastis, en profitant du french paradox. Car il est conseillé pour la santé d’assaisonner la salade avec de l’huile d’olive, de manger beaucoup de tomates au pistou avec de l’ail, et de griller des mérous sur le barbe-cue. Ce qui explique le nombre d’anglais qui depuis des temps immémoriaux choisissent de "promenader" à Nice et dans toute la Riviera. Et d’y boire toujours davantage le rosé frais de Provence.


Notre citron est le messager du printemps, et, dès la sortie de l'hiver, il est l'un des premiers à montrer le bout de ses ailes. C’est un des papillons les plus communs et les plus faciles à observer. On le reconnaît grâce à sa face supérieure jaune citron chez le mâle, ou vert pâle pour la femelle, avec un point orange au centre de chaque aile, quelque soit le sexe.

Posé sur une fleur, il a toujours les ailes refermées ce qui lui permet de se confondre avec la végétation et de passer inaperçu des prédateurs. Cette posture est d'autant plus efficace que la couleur des ailes et les nervures augmentent encore sa ressemblance avec une feuille.

Avec une espérance de vie supérieure à un an, le citron fait partie des papillons européens ayant la plus longue existence. Réfugié au sein de plantes à feuillage persistant (généralement du lierre), les ailes repliées, il est l’un des rares papillons hivernant à l'état adulte et le seul, dans nos contrées, à le faire en plein air (les autres lépidoptères, hivernant adulte, cherchant un abri sous un toit, dans un trou d'arbre ou une grotte). Cette caractéristique explique probablement son hibernation "légère", puisqu'il peut se réveiller n'importe quand si la température est clémente. Ainsi, il n'est pas rare de le voir faire son retour très tôt au printemps, parfois même avant qu'aucune fleur ne soit ouverte.

La femelle pond une fois par an, à partir du mois d'avril. Les œufs sont de couleur jaune/vert crème et de forme fuselée. Après l'accouplement, ils sont fixés isolément sous les jeunes feuilles de la plante hôte.

La chenille est verte, rayée de blanc sur les côtés, et comme celle des piérides se confond parfaitement avec le support de sa plante hôte.


En l’an 48 avant Jésus-Christ,  Jules César tombe amoureux de Cléopâtre, lui fait un fils et la rétablit sur son trône d'Égypte. Quatre ans plus tard, après l'assassinat de Jules César, c'est au tour de Marc Antoine de tomber amoureux de la belle. Cléopâtre (Cleopatra) est un film américain réalisé par Joseph L. Mankiewicz et sorti en 1963. C'est le film de tous les superlatifs : un monument de quatre heures, au tournage titanesque et rocambolesque, qui mit son studio au bord de la faillite, avec moyens énormes, distribution de têtes d'affiches, et caprices d’Elisabeth Taylor, qui prête difficilement son joli nez à la véritable reine.

Cléopâtre VII Théa Philopator (en grec, Κλεοπάτρα Φιλοπάτωρ) gouverne son pays entre -51 et -30, successivement avec ses frères et époux Ptolémée XIII et Ptolémée XIV puis avec le général romain Marc Antoine. Elle est connue pour ses relations successives avec Jules César et Marc Antoine sur le plan politique (et amoureux). Et pour son nez bien sûr.

Il est difficile de cerner la véritable personnalité de Cléopâtre, qu'un certain romantisme a contribué à déformer, mais elle possède à l'évidence beaucoup de courage et se révèle suffisamment puissante pour inquiéter les Romains. Aucune source sûre ne vient nous éclairer sur son aspect physique qui échappe apparemment à un classement esthétique banal. Le buste de Cherchell à l’Altes Museum de Berlin réalisé bien après sa mort, à l'occasion du mariage de sa fille, Cléopâtre Séléné, avec le roi Juba II de Maurétanie, est certainement idéalisé, puisqu’il a sculpté de mémoire si l’on peut dire, le modèle étant défunt quelques milliers d’années auparavant. Certains auteurs antiques insistent sur sa beauté presque divine. Les quelques pièces de monnaies donnent l'image d'une femme aux traits lourds et au nez assez proéminent. Nous savons qu'elle a une présence forte et du charme, qu'elle dégage une puissante séduction et que cela est complété par une voix ensorcelante ainsi qu'un esprit brillant et cultivé. Le nez stricto sensu, vous voyez, n’est peut-être pas si harmonieux que l’on imagine. La peau est merveilleusement douce, ointe qu’elle est du lait d’ânesse dans lequel se baigne la reine. On trouve du lait d’ânesse dans une ânerie de la banlieue de Toulouse, et Anne qui se baigne régulièrement (dans ce lait), en ressort avec une peau digne de Vénus. Je suis à même d’attester de tactu les vertus de ce genre de soins pour la peau (d’Anne).



Cléopâtre brille surtout par l’esprit : alors que l'éducation des filles, même de familles royales, est négligée dans le monde grec ou hellénistique, Cléopâtre bénéficie apparemment de l'enseignement de pédagogues cultivés. Plutarque insiste sur ses qualités intellectuelles. C'est ainsi que Cléopâtre, véritable polyglotte parle, outre le grec, l'égyptien (elle est reine d’Egypte ça vaut mieux) mais aussi  l'araméen, l'éthiopien, le mède, l'arabe, sans doute aussi l'hébreu ainsi que la langue des Troglodytes, un peuple vivant au Sud de la Libye. De tels dons ne la laissent sans doute pas longtemps démunie face au latin, encore que des Romains aussi cultivés que César parlent un grec parfait.


Il faut bien qu’avec de telles qualités notre citron de Provence soit plus beau que son cousin normal. En effet, il porte sur ses ailes antérieures un placard supplémentaire d’un bel orange qui le rend beaucoup plus voyant. Paradoxe, c’est le mâle qui tel César porte ces atours supplémentaires, alors que la belle Cléopâtre, elle, ressemble comme une goutte d’eau à la citronne commune. Quant au nez, ne le cherchez pas, il est en effet très spécial….

… c’est une trompe !

Je vous sens décontenancé, à la fin de cette petite histoire de Citron, dont le prétexte a été d’évoquer la belle Cléopâtre. Ce n’est pas ma faute si Linné, une fois encore, a choisi une référence illustre pour nommer un simple insecte ! Vous vous dites cependant, puisque j’illustre mes petits textes par des photos évocatrices, que j’aurais pu me fendre d’une représentation quelconque, destinée à vous émouvoir en vous montrant le portrait de la célèbre Reine ?


Je pense bien, n’est-ce pas, je vous connais un peu, vous réagissez comme moi  ?

 Rassurez vous, et je me dis en sus que ce serait bien si je vous montrais davantage les métamorphoses de mes amis papillons, puisque c’est l’un de leurs prodiges, que de sortir périodiquement de leur enveloppe passée, pour changer de formes et se régénérer en êtres d’essence toujours plus aboutie.


                                  Eh bien voici la chenille de Gonepteryx Cleopatra   au dernier stade.


Profitez en bien, vous ne la verrez sous cette forme dans aucun traité sérieux d’entomologie.



                                                        C’est une forme mutante, extrêmement rare,



                                                              Et je crois que moi seul l’ai jamais vue !


Ascalaphe n'est pas un papillon

Mais un cheval de Troie

Même les informaticiens s’y mettent… à la mythologie grecque ! Non ? et  bien vérifiez donc si votre ordinateur préféré est bien propre et bien clean ; vous en êtes-si sûr ? alors déclenchez votre anti-virus, et vérifiez si vous n’hébergez pas, à l’insu de votre plein gré comme disent les nuls de l’info, un trojan virus, un cheval de Troie !

Ah oui, vous connaissiez ! Pour vous un virus est un cheval de Troie en effet ! parler anglais, tout à coup, ne vous pose plus problème ! Allons : un coup de symantec ou autre norton anti-virus, votre disque dur va être scanné, et gageons que votre virus va être repéré, débusqué, démasqué, mis en quarantaine, et désintégré car il représente le mal, et nous ne recherchons que le bien dans toute cette quête de pureté qui nous obsède.

Dans la mythologie grecque, Ascalaphe (en grec ancien σκάλαφος / Askálaphos) et Ialmène (άλμενος / Iálmenos) sont deux frères, fils d'Arès et d'Astyoché.

Ils règnent sur Orchomène et font partie des leaders de la guerre de Troie, où ils conduisent trente nefs béotiennes d'Asplédon et d'Orchomène. Ascalaphe est tué au combat par Déiphobe tandis qu'Ialmène fera partie des guerriers présents dans le cheval de Troie. Selon Strabon, lors du retour de Troie, Ialmène conduit une troupe d'Orchoméniens qui se fixe dans la région du Pont.

Il faut savoir qu’après avoir vainement assiégé Troie pendant dix ans, les Grecs ont l'idée d'une ruse pour prendre la ville : Épéios construit un cheval géant en bois creux, dans lequel se cache une section de soldats menés par Ulysse. Un espion grec, Sinon, réussit à convaincre les Troyens d'accepter l'offrande, malgré les avertissements de Laocoon et de Cassandre. Cassandre vous le savez avait le don de clairvoyance. Mais en échange de cette particularité, les Muses l’avaient « mal barrée » comme on dit aujourd’hui, car personne ne voulait croire ses prédictions. On comprend bien que disant à ses contemporains qu’il ne fallait pas faire entrer le cheval, les-dits contemporains n’aient eu qu’une réaction : faire le contraire ! Je le sais bien moi à qui c’est arrivé cent fois ! Bref !

Le cheval est tiré dans l'enceinte de la cité, et c’est la fête naturellement, comme quand le Royal de Luxe fait entrer le Géant-scaphandrier  à Berlin pour prendre dans ses bras la petite Gretchen de l’Est, pour fêter l’anniversaire de la chute du mur. Les bars restent ouverts toute la nuit, le whisky-coca, bière et autres boissons énergisées coulent à flots, et les troyens enivrés sombrent dans les vapeurs de l’alcool, dépassant la limite autorisée par la réglementation qui leur interdit de conduire un véhicule. Alors les grecs (qui sont à jeun dans le cheval, que ça les rend fous) en sortent, ouvrent les portes de la ville, permettant au reste de l'armée d'entrer. Vous imaginez le massacre ! Ils pillent la ville. Tous les hommes déjà ivres-morts sont tués définitivement. Les femmes et les filles sont emmenées comme esclaves, non sans avoir été scrupuleusement violées comme d’habitude. Les enfants mâles sont tués eux aussi pour éviter une future vengeance.

Dans l'épisode du cheval de Troie, Ulysse est déjà connu  pour sa métis («intelligence rusée»), qui le conduit à être recherché comme « consultant » auprès des puissants. En fait il invente la ruse. La ruse se distingue de la triche mais aussi du délit (ou du crime) en cela qu’elle est autorisée par la loi ou les règles de l'usage, du jeu, de l'art, de la société, ou des accords internationaux. En l'espèce de l'art de la guerre chez les grecs, il s'agit plus particulièrement d'une ruse de guerre.

Linné rend hommage en cette nuit mémorable où il lui a consacré une heure de sablier, à la larve du fourmi-lion, en lui reconnaissant l’art de la ruse, de savoir creuser des entonnoirs en sable grâce à une manœuvre-en-spirale-reculée. Plus tard cette manœuvre figurera en bonne place dans les figures des patineurs sur glace qui concluront par une pirouette sur place, (cambrée ou arabesque, avec des tas de variantes) puisqu’il n’est pas question qu’ils se fassent leur partenaire-fourmi pour finir, même si des mecs comme moi aimeraient bien que (de temps en temps seulement) ça puisse finir comme ça.


Nous sommes en 1758, toujours cette fameuse féconde année pour Linné qui gratte le jour les noms des papillons de jour, et poursuit la nuit à la lueur de la bougie pour les papillons nocturnes. Je parle de papillons mais tout l’univers vivant y passe. Pas d’ordinateur à cette époque, donc pas de  trojan horse non plus, mais tout se fait à la main, ou plutôt à la plume, sans pouvoir sauver son texte, ni faire des copies. L’enfer pour une secrétaire de direction, qui de nos jours lancerait immédiatement une pétition pour refuser de telles conditions de travail.

Linné ne dit rien, bosse et écrit, infatigable.

Nous avons vu qu’il a deux bouquins consacrés à la mythologie grecque sur le bureau, et qu’il les feuillette inlassablement, pour y rechercher les Héros qui vont donner leur nom à toutes ses créatures. Linné de temps à autre (il n’a pas la télé non plus) s’embarque dans sa lecture, se plonge dans ses réflexions, et se dit :

-«si Ulysse était à mes côtés, mon œuvre irait plus vite, et il me conseillerait utilement pour les noms idoines».

         Las, il reste seul.

Ca ne l’empêche pas nous l’avons dit de gamberger (on dit méditer c’est plus noble et plus élevé). Pardon !

Et comme il a fini de nommer les papillons, et qu’il a décidé d’attaquer les libellules, voilà qu’il se met à gamberger sur le fourmilion. « Le lion qui croque les fourmis » ; en recourant à un piège. En rusant comme l’a fait Ulysse.

Et il décide de consacrer une heure, pas plus (on le voit retourner son sablier pour décompter le temps, mon histoire se passe à la lueur de la bougie, un samedi soir, de vingt deux heures à vingt trois heures). Pas plus car après il doit faire ses comptes personnels, toujours à la main ce qui est fastidieux. Une heure au fourmilion. Les comptes, et puis re-libellules. Puis correspondance avec ses copains entomologistes d’Europe, car il en a partout. Et pas d’emails comme aujourd’hui. Coucher une heure du matin. Lever, cinq heures (Linné comme faisait Napoléon ne dort que quatre heures par nuit ; mais il peut s’accorder une sieste de vingt minutes à quatorze heures entre deux noms de fourmis.).

C’est à ces rares mais fructueuses occasions qu’il lui arrive de batifoler avec Sara-Elisabeth qu’il a épousée le 26 juin 1739. Elle lui a plus à cause de ses deux prénoms. En tous cas ils auront sept enfants, deux garçons et cinq filles.

« Nomina si nescis, perit et cognitio rerum
Si tu ignores le nom des choses, même leur connaissance disparaît »

Alors il donne leurs noms à ses mômes. Rassurez vous, des noms bien orthodoxes (je veux dire : bien catholiques) : Carl comme lui ; Elisabeth, comme elle ; Sara-Magdalena , Lovisa, Sara-Christina ; Johan  et Sofia.

Vous notez qu’il expérimente deux fois  son système de nomenclature binominale, qui permet de désigner avec précision toutes les espèces animales et végétales (et, plus tard, les minéraux) grâce à une combinaison de deux noms latins (le binôme), qui comprend :

-un nom de genre au nominatif singulier (ou traité comme tel), dont la première lettre est une majuscule ;

-une épithète spécifique, qui peut être un adjectif, un nom au génitif ou un attribut, s’accordant avec le genre grammatical (masculin, féminin ou neutre) du nom de genre. Il est écrit entièrement en minuscules. L’épithète évoque souvent un trait caractéristique de l’espèce, et peut être formé à partir d’un nom de personne, de Héros mythologique, d’un nom de plante, de lieu, etc.

Le nom de l’espèce est constitué par l’ensemble du binôme. Ces noms sont « réputés latins », quelle que soit leur origine véritable (grecque, chinoise ou autre), et écrits en alphabet latin.

Ce système binominal permet d’éviter de recourir aux noms vernaculaires, qui varient d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre. Comme l’a fait l’Eglise catholique et universelle pour le latin de la messe, les hommes du monde entier peuvent maintenant se comprendre pour désigner les mêmes espèces vivantes.


« Le fourmilion flavicorne" (Megistopus flavicornis) doit son nom à la couleur jaune (flav-) des massues à l'extrémité de ses antennes (cornis). C'est un fourmi-lion car les fourmis sont les principales proies dont se nourrissent les larves. Elle s'attaquent aussi aux araignées et à d'autres petits insectes.



C’est en effet la larve qui intéresse Linné : c’est une espèce de cheval (j’exagère beaucoup) qui s’enterre dans un entonnoir qu’elle creuse elle-même (avec ses petites pattes) dans le sable. Elle y déploie pour ce faire la ruse d’Ulysse, puisque pour tromper son monde sans doute, elle tourne en rond en reculant (sans rétroviseur) en spirale. Et l’entonnoir parfait creusé, elle s’enfonce au fond, bien au centre, mâchoires seules sorties. Les fourmis qui passent sur le chemin de sable tombent dans le cratère, astucieusement conçu pour que les grains de sable à 45° glissent d’eux-mêmes, faisant ébouler les parois, et précipitant les malheureuses dans la gueule du monstre enfoui. C’est un spectacle si vous l’avez observé d’une violence inouïe ! « Vae victis », malheur aux victimes-fourmis. Quand vous êtes sur place devant l’entonnoir, et que les fourmis pas connes qui se passent le mot se font rares, le jeu consiste naturellement à rabattre toute fourmi égarée vers l’endroit dangereux avec un brin d’herbe, pour jouir de sa chute. C’est bon alors de se sentir épargné de cette sauvagerie.

Quand plus tard le fourmilion ailé naît de cet engin de torture, il est tout cool et ailé comme une libellule, on en ferait une peluche pour les gosses. Mais il faut savoir qu’il a été dans une vie antérieure aussi dangereux qu’une mine anti-personnel s’agissant des fourmis et autres promeneurs sur les chemins de sable.

Moi j’adorais aller dans les anciennes carrières qui avaient fourni les pierres du château de Tarascon, célèbre ville des bords du Rhône. Et d’y retrouver mes Myrmeleontidae. (ça se traduit syllabe par syllabe). Un peu d’effort que diable !

Je connaissais bien Thérèse Aillaud, qui était secrétaire-générale de la sous préfecture d’Arles, et disciple d’Aphrodite dans le civil mais ça je ne l’ai appris qu’après. Secrétaire se dit au masculin, mais ça fonctionne au féminin, et pour ça elle avait le peps ! Elle était née à Tarascon, et connaissait chacun dans la cité, centre des célèbres tissus provençaux la Soleiado, à telle enseigne qu’elle se mit en tête de devenir maire à la place du maire qui il est vrai n’en fichait pas une rame. Sa stratégie de communication pour mener sa campagne électorale était affriolante : elle s’était entourée d’une armée de militantes, jeunes provençales de Tarascon, n’hésitant pas à s’habiller du seyant costume d’Arlésienne, qui en faisait naturellement des personnages vivants du poète Mistral lors des cérémonies officielles. C’est ça elles devenaient des égéries du poète. Thérèse menait ses meetings entourée de cette  armée d’Amazones, qui le costume de Mistral plié dans la naphtaline, devenaient majorettes en petite tenue, jambes (et naturellement les autres parties de l’anatomie, mais n’ayant pu en faire l’observation, je ne puis me prononcer) bronzées par la pratique du naturisme sur les dunes accueillantes des Saintes-Maries de la mer. Je la rencontrais souvent pendant la journée (professionnelle). Et le soir pour de nombreuses soirées (mondaines) car on sort beaucoup au pays d’Arles. Je pense qu’elle était attirée autant par le beau sexe (masculin) que le beau sexe (féminin), et elle aimait beaucoup Anne à cette époque :

-« vous devriez venir à mes meetings Madame Nassiet. (elle l’appelait Anne dans l’intimité). Ils sont très gais mes meetings, et on y fait des tas de rencontres, vous serez mon invitée personnelle…et puis, je vous dirai comme trouver des tissus chez Soleiado » !

Tu parles s’ils étaient pleins ses meetings ! Tous les mecs étaient attirés comme des papillons autour d’un belvédère, et je puis vous dire, les phéromones dans les soirées, ça dégageait un max !

Thérèse a été élue maire évidemment, et a commencé de secouer une ville endormie sur son Château. Comme quoi les Amazones qui font de la politique peuvent secouer les institutions !

Anne a parfois des vagues à l’âme en se souvenant de ces histoires : elle aurait pu devenir elle aussi amazone, égérie, ou même une nymphe, mais elle se méfiait trop de devenir Corinthe !

Bien sûr vous ne pensez pas (ce serait un grave faux-sens), que j’ai repensé à Thérèse en décrivant les mœurs du fourmilion ! Encore que ses dents, elle était ambitieuse, pouvaient rayer le parquet !



J’en viens à l’Ascalaphe !


- Libelloides coccajus leucelius

 « L'ascalaphe soufré (Libelloides coccajus), appelé parfois "ascalaphe libellule", "ascalaphe fausse libellule" ou "ascalaphe de mai", est un insecte ptérygote (Pterygota) appartenant à l'infra classe des néoptères (Neoptera), au superordre des mécoptéroïdés (Mecopteroida) à l'ordre des névroptères (Neuroptera), au sous ordre des Myméléontiformes (Mymeleontiformia), à la super famille des Myrmeleontoidea, à la famille des ascalaphidés (Ascalaphidae), à la sous famille des Ascalaphinae et au genre Libelloides. »

Je vous l’ai servi tel quel dans le texte !

                          Ouf !

En France dans la famille des ascalaphidés (Ascalaphidae) on ne rencontre généralement que des insectes appartenant aux genres suivants :

• Libelloides,
• Bubopsis,
• Deleproctophilla,
• Puer.

Auparavant l'ascalaphe soufré était classé dans le genre Ascalaphus qui est réservé désormais (du moins il semblerait) aux espèces du nouveau monde.

Plusieurs noms latins ont été utilisés pour désigner l'ascalaphe soufré, et notamment :
• Ascalaphus coccajus,
• Ascalaphus libelluloides.

L'ascalaphe soufré est un insecte particulier dont l'apparence première fait penser immanquablement à un croisement entre un papillon et une libellule. Presque un O.G.M, un organisme génétiquement modifié ! Cependant les ailes de l'ascalaphe soufré ne possèdent pas d'écailles comme c'est le cas chez les papillons.

L'ascalaphe soufré est présent de la partie septentrionale de l'Espagne, jusqu'au sud de l'Allemagne ainsi qu'en Suisse et en Italie. En France l'ascalaphe soufré est présent plus particulièrement à l'est d'une ligne allant de la côte Basque jusqu'au Jura. Ailleurs il est rare ou absent. En région Ile de France l'ascalaphe soufré est protégé.

C’est un insecte héliophile. On le retrouve dans divers biotopes, secs ou humides, acides ou calcaires, comme les éboulis rocheux, les versants ensoleillés des montagnes et collines, les prairies et pelouses, les forêts claires, le littoral marin, du niveau de la mer jusqu'à 2200 mètres d'altitude et parfois plus.

Il est courant à Tarascon sur Rhône. A Tarascon il y a la même usine de pâte à papier qui sent le chou, que j’ai retrouvée beaucoup plus tard à Saint-Gaudens, à quelques centaines de kilomètres plus au sud ; quand je sens le chou, je pense à l’Ascalaphe et je suis bien le seul dans mon cas, parce que ça ne fait penser d’habitude qu’à du chou assez pourri !

L'imago, diurne, qui ne vit que quelques semaines, vole du mois de mai jusqu'au mois de juillet en fonction de l'altitude et du climat. Il possède quatre ailes membraneuses, transparentes, avec des nervures noires bien marquées.

Les antennes sont noires, fines, longues et en massues comme chez certains papillons. L'abdomen, noir, possède 10 segments. Celui des mâles se termine par une paire de cerques recourbés en crochet qui lui servent à agripper la femelle lors de l'accouplement.

L'envergure est comprise entre 4 et 5,5 centimètres. Les ailes présentent de grandes taches jaune soufre (d'où le nom). Le reste des ailes est transparent avec des nervures noires bien visibles. Chez certains spécimens les taches jaunes sont remplacées par des taches crème ou blanches. Au repos les ailes sont serrées le long du corps, en "toit", cependant lorsqu'il réchauffe ses ailes il les tient étalées.

L'imago possède un vol très vif et rapide. Il est diurne et chasse aux heures chaudes et ensoleillées. Le reste du temps il s'accroche à la végétation. C'est un insecte carnivore qui se nourrit d'autres insectes (souvent des diptères : mouches, moucherons...) qu'il capture en vol.

Après fécondation les œufs sont pondus à la base des végétaux, sur deux rangées. Les larves vivent dans les herbes basses, sous/dans la litière ou sous les pierres. La larve, carnivore, possède des mandibules très développées. Mais elle n’a pas la ruse du fourmilion et ignore l’art de l’entonnoir.

Les allemands l’appellent : libellen-schmetterlingshaft.


                                    Mais ce n’est pas un papillon.

                                    C’est un trojan horse !